Georges Kinda1, Georges Rosario Christian Millogo2, Fla Koueta1, Lassina Dao1, Sollimy Talbousouma3, Hassane Cissé3, Aristide Djiguimdé3, Diarra Yé1, Claudine Lougue Sorgho4. 1. Unité de Formation et de Recherche en Sciences de la Santé (UFR/SDS), Université de Ouagadougou, Burkina Faso ; Service de Pédiatrie Médicale du CHUP-CDG de Ouagadougou, Burkina Faso. 2. Unité de Formation et de Recherche en Sciences de la Santé (UFR/SDS), Université de Ouagadougou, Burkina Faso ; Service de Cardiologie du CHU-YO de Ouagadougou, Burkina Faso. 3. Service de Pédiatrie Médicale du CHUP-CDG de Ouagadougou, Burkina Faso. 4. Unité de Formation et de Recherche en Sciences de la Santé (UFR/SDS), Université de Ouagadougou, Burkina Faso ; Service d'Imagerie Médicale du CHU P-CDG de Ouagadougou, Burkina Faso.
Les cardiopathies congénitales sont des anomalies cardiaques survenant au cours de la formation du cœur pendant la vie intra-utérine [1]. L'incidence est estimée entre 7 à 8 pour 1 000 naissances [2]. L’échocardiographie Doppler est de nos jours l'examen incontournable dans le diagnostic des cardiopathies congénitales. Au Burkina Faso, une étude rétrospective réalisée à Ouagadougou en 2006 avait rapporté une prévalence de 22,12% [3]. Elles sont donc relativement fréquentes. Une meilleure connaissance des cardiopathies congénitales de l'enfant en milieu hospitalier pédiatrique devrait permettre de proposer des mesures en vue de mieux organiser leur prise en charge; c'est l'objectif de ce travail qui vise à faire l’état des lieux des cardiopathies congénitales de l'enfant au Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique Charles de Gaulle.
Méthodes
Notre travail s'est déroulé dans le laboratoire d'imagerie médicale du centre hospitalier universitaire pédiatrique Charles de Gaules de Ouagadougou pendant une période de 27 mois d'août 2009 à mai 2010 et d'octobre 2011 à décembre 2011. Il s'agit d'une étude rétrospective à visée descriptive des comptes rendus d’échocardiographies Doppler. Nous avons utilisés une sonde cardiaque de 5MHz sur appareil Aloka Prosound 4000 Plus. Tous les comptes rendus despatients âgés de 0 à 15 ans chez qui l’échocardiographie-doppler a permis de retenir le diagnostic de cardiopathie congénitale et dont le compte-rendu contenait des renseignements sur l'identité du patient, la date de réalisation de l'examen, l'indication de l'examen, les données de l'examen écho-cardiographique ont été inclus dans notre étude. La saisie et l'analyse des données ont été faites à l'aide du logiciel Epi Info version 3.4.3. L'analyse statistique a fait appel au test du Chi 2. Le seuil de significativité de p était de 0,05.
Résultats
Fréquence globale
Durant la période d’étude, 380 examens écho-cardiographiques ont été réalisés et ont permis de mettre en évidence 109 cas de cardiopathies congénitales avec 138 entités nosologiques différentes. Les cardiopathies congénitales représentaient 0,98% des 11169 entrées au CHUP-CDG. Le Tableau 1 donne la répartition des cas de cardiopathie congénitale selon les données écho-cardiographiques Certains enfants (27 cas) étaient porteurs de plusieurs types de cardiopathies congénitales associées: 11 cas de CIV + Sténose pulmonaire, 8 cas de CIV + CIA. Quatre-vingt-deux cardiopathies congénitales isolées ont été identifiées. La CIA était la cardiopathie congénitale isolée la plus fréquente avec 18 cas (21,95%), suivie de la CIV avec 17 cas soit 20,73%. Parmi les associations, la CIV associée à la sténose pulmonaire était la plus fréquente avec 40,74% suivie de la CIV associée à la CIA avec 29,63%. Le Tableau 2, nous donne la répartition nosologique des 138 cas de cardiopathie congénitale. Les CIV étaient au premier plan avec 39 cas (soit 28,26%), suivies des CIA avec 32 cas (soit 23,19%), des sténoses pulmonaires (19,57%) et de la T4F (9,42%)... L’âge moyen au moment de la réalisation de l’échocardiographie Doppler était de 5 mois avec des extrêmes de un (01) jour et 15 ans. La tranche d’âge de plus de un (01) à 30 mois était la plus représentée avec 60 cas (55%), suivie des nouveaux nés avec 32 cas (29,4%). Il n'y avait pas de différence significative dans l’âge de diagnostic des cardiopathies congénitales en fonction du sexe (X2= 0,33; p= 0,95). La Figure 1 nous montre la répartition des enfants porteurs de cardiopathie congénitale en fonction de l’âge. La répartition des différents types de cardiopathies en fonction de l’âge est décrite dans le Tableau 3, en éffet la majorité des cardiopathies congénitales était diagnostiquée entre 1 et 30 mois (60 cas soit 55%). En période néonatale, les CIA isolées (10 cas/18), la CIA associée à la CIV (5 cas/8), la PCA (5cas/7) ont été les cardiopathies les plus souvent diagnostiquées.
Tableau 1
Répartition des cas de cardiopathie congénitale selon les données écho-cardiographiques
Répartition nosologique des 138 cas de cardiopathie congénitale
Entité nosologique de cardiopathie congénitale
Fréquence
%
CIV
39
28,26
CIA
32
23,19
Sténose pulmonaire
27
19,57
T4F
13
9,42
CAV
11
7,97
PCA
9
6,52
Ventricule unique
2
1,45
HTAP primitive
2
1,45
Cœur tri-atrial
1
0,72
Bicuspidie aortique
1
0,72
Maladie d'Ebstein
1
0,72
Total
138
100
Figure 1
Répartition des enfants porteurs de cardiopathie congénitale en fonction de l’âge
Tableau 3
Répartition des différents types de cardiopathies en fonction de l’âge
Tranche d’âge (mois)
Type cardiopathie
< 1
[1 - 30]
]30-60]
> 60
TOTAL
CIA
10
6
1
1
18
CIV
3
11
2
1
17
Sténose pulmonaire
2
9
0
1
12
T4F
1
6
2
3
12
CIV + RP
2
9
0
0
11
CAV
1
8
0
1
10
CIV + CIA
5
1
0
2
8
PCA
5
2
0
0
7
CIA + RP
1
1
0
0
2
CIV + CIA + RP
0
2
0
0
2
HTAP primitive
0
1
0
1
2
Ventricule unique
1
1
0
0
2
Maladie d'Ebstein
0
0
0
1
1
CIV + PCA
0
1
0
0
1
Bicuspidie aortique
0
0
0
1
1
CIA + PCA
1
0
0
0
1
T4F + cœur triatrial
0
1
0
0
1
CAV + CIA
0
1
0
0
1
TOTAL
32
60
5
12
109
Répartition des enfants porteurs de cardiopathie congénitale en fonction de l’âgeRépartition des cas de cardiopathie congénitale selon les données écho-cardiographiquesRépartition nosologique des 138 cas de cardiopathie congénitaleRépartition des différents types de cardiopathies en fonction de l’âgeNous avons noté 53 filles porteuses de cardiopathie congénitale contre 56 garçons soit un sex- ratio de 1,05. Le Tableau 4 donne la répartition nosologique des 138 cas de cardiopathies congénitales en fonction du sexe. En effet sur les 138 cas de cardiopathies congénitales diagnostiquées (observées chez 109 enfants), 66 cas ont été observés chez des enfants de sexe féminin et 72 cas chez des enfants de sexe masculin soit un sexe ration de 1,1. Le souffle cardiaque (39,53%), suivie de la détresse respiratoire (20,16%) et de la cyanose (10,9%) étaient les motifs les plus fréquents de demande de l’échographie Doppler cardiaque. Le Tableau 5 donne la distribution des motifs de demande de l’échocardiographie.
Tableau 4
Répartition nosologique des 138 cas de cardiopathies congénitales en fonction du sexe
Type de cardiopathie
Sexe
M
F
Total
CIV
23
16
39
CIA
18
14
32
RP
13
14
27
T4F
5
8
13
CAV
5
6
11
PCA
4
5
9
VU
1
1
2
HTAP
1
1
2
Bicuspidie aortique
1
0
1
Cœur triatrial
0
1
1
Ebstein
1
0
1
TOTAL
72
66
138
Tableau 5
Distribution des motifs de demande de l’échocardiographie
Motifs de demande
Fréquence
%
Souffle cardiaque
51
39,53
Détresse respiratoire
26
20,16
Cyanose
14
10,9
Bilan de malformation
12
9,3
Broncho-pneumopathie
12
9,3
Cardiomégalie radiologique
6
4,7
Retard de croissance
5
3,88
Infection néo natale
1
0,78
Insuffisance cardiaque
1
0,78
Précordialgie
1
0,78
TOTAL
129
100
Répartition nosologique des 138 cas de cardiopathies congénitales en fonction du sexeDistribution des motifs de demande de l’échocardiographie
Discussion
Limites et contraintes de notre étude
Le caractère rétrospectif de notre étude ne nous a pas permis d’être exhaustif dans la collecte des informations nécessaires à l’étude; ce qui a certainement entrainé une sous-estimation du nombre de cardiopathies congénitales. Malgré ces limites nous avons pu comparer nos résultats à d'autres auteurs et mener notre discussion
Résultats globaux
: dans notre étude, les cardiopathies congénitales occupaient 0,98% des entrées au Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique Charles De Gaulle. Plusieurs études rapportées par différents auteurs africains montrent des fréquences variables. Cependant, ces séries soulignent toutes de manière concordante le caractère préoccupant que revêtent les cardiopathies congénitales en Afrique. Le Tableau 6 donne les resultats comparatifs de la prévalence des cardiopathies congénitales de différentes séries africaines. Ces différences de prévalence pourraient être liées aux facteurs suivants: différence dans les critères de sélection (patients adultes) [4], séries pédiatriques dans certaines études [5-12] et enfin série échographique [6].
Tableau 6
Tableau comparatif de la prévalence des cardiopathies congénitales de différentes séries africaines
Etudes
Prévalence
Lieu d’étude
Kinda, Sénégal [4]
4,18%
Etudes menées en milieu cardiologique
Mayanda, Congo-Brazzaville [5]
5,09%
Niakara, Burkina-Faso [6]
6%
Nébié, Burkina-Faso [7]
0,72%
Samandoulougou, Burkina-Faso [8]
0,78%
Notre étude
0,98%
Etudes menées en milieu pédiatrique
Abena-Obama, Cameroun [9]
0,64%
M'pemba Loufoua Lemay, Congo-Brazza [10]
0,5%
Amon-Tanoh-Dick, Côte d'Ivoire [11]
0,1%
Kokou Outcha, Togo [13]
0,48%
Tableau comparatif de la prévalence des cardiopathies congénitales de différentes séries africaines
Répartition des patients selon le sexe
Le sexe masculin prédominait dans notre étude avec un sex-ratio à 1,1. Ceci rejoint les résultats de Kokou, Kinda, Ould, Touré, Diop, M'pemba-Loufoua, Acrachi [4, 10, 12–16] qui notaient une prépondérance du sexe masculin avec respectivement un sex-ratio de 1,6; 1,5; 1,3; 1,16; 1,11; 1,09; 1,07. Pour la plupart des auteurs, le sexe n’était pas incriminé dans la genèse des cardiopathies congénitales et il n'existait pas de prédominance nette.
Répartition des patients selon l’âge
L’âge moyen des enfants dans notre série était de 5 mois avec des extrêmes de 1 jour et 15 ans. La tranche d’âge de 1 à 30 mois était la plus représentée avec 60 cas (55%); 84,24% des cardiopathies congénitales ont été diagnostiqués entre 0 et 30 mois. Ceci est en accord avec Abéna [9] et Cloarec [17] qui ont remarqué que la plupart des cardiopathies congénitales était diagnostiquée dès le bas âge entre 0 et 2 ans respectivement 70% et 61%. Ce taux élevé des cas de cardiopathie congénitale dans la tranche d’âge de 1à 30 mois par rapport aux âges de plus de 30 mois dans notre étude s'expliquerait par le fait que: Certaines cardiopathies congénitales comme les CIV, les CIA et la PCA qui représentaient 57,97% des cas dans notre étude ont une évolution spontanée vers la fermeture [18-20]; les cardiopathies congénitales de découverte tardive sont le plus souvent bénignes et compatibles avec une vie quasi normale. Alors cespatients ne consultent pas et ne sont souvent pas recensés.
Les indications de l’échocardiographie
Les souffles étaient au premier rang des motifs de demande de l’échographie Doppler présent dans 39,53% des cas dans notre série, suivie de la détresse respiratoire 20,16%. Ces résultats pourraient s'expliquer par le fait que le souffle est un signe quasi constant dans les cardiopathies congénitales chez les enfants [21]. En ce qui concerne la détresse respiratoire, les infections respiratoires récurrentes sont de fréquentes circonstances révélatrices des cardiopathies congénitales [9, 12] favorisées par des facteurs locaux (mauvaise hygiène, étroitesse des voies aériennes dans les syndromes poly-malformatifs) et généraux (inondation et hypersécrétion pulmonaire, déficit immunitaire complexe).
Les différentes cardiopathies rencontrées
La cardiopathie la plus fréquemment retrouvée dans notre étude et dans la plupart des études en Afrique [4, 9, 11, 13–16, 22–25] et dans le monde [19, 26] était la CIV. Le Tableau 7 donne les résultats comparatifs de la fréquence de la CIV en Afrique et dans le monde. Elle est unique (avec prépondérance de la forme péri-membraneuse: 98,4%) ou associée à d'autre cardiopathies; dans ce cas, c'est l'association avec la sténose pulmonaire qui était la plus fréquente avec 11 cas. Ces résultats sont similaires à ceux de Sanogo et Sawadogo [3, 27] au Burkina-Faso et à ceux de Glen et al. [28] en Angleterre. La prédominance de cette association pourrait s'expliquer par le fait que la sténose pulmonaire représente une évolution anatomique des CIV comme il est décrit dans la littérature [21].
Tableau 7
Tableau comparatif de la fréquence des CIV dans le monde
Pays
Auteurs
Fréquence CIV (%)
Togo
Kokou Outcha [13]
24,4
Sénégal
Acrachi [12]
38
Sénégal
Kinda [4]
23,33
Burkina-Faso
Sanogo [3]
37
Burkina-Faso
Sawadogo [27]
50
France
Joly et al. [19]
30 à 40
Etats-Unis
Sables [26]
30
Burkina-Faso
Notre étude
28,26
Tableau comparatif de la fréquence des CIV dans le monde
Conclusion
Ce travail rétrospectif a permis de confirmer que les cardiopathies congénitales de l'enfant sont une réalité avec une fréquence de 0,98% des entrées au Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique Charles De Gaulle de Ouagadougou. Cette fréquence est probablement sous-estimée en raison de l'irrégularité de la disponibilité de l’échocardiographie au CHUP-CDG. Notre étude ayant considéré uniquement les aspects épidémiologiques et écho-cardiographiques des cardiopathies congénitales chez l'enfant au CHUP-CDG, d'autres études plus représentatives méritent d’être réalisées dans le but de déterminer leur prévalence au Burkina-Faso, pour une meilleure organisation prise en charge de cette pathologie au CHUP-CDG de Ouagadougou.