Le synovialosarcome est une tumeur rare des tissus mous, de haut grade de
malignité, qui atteint principalement les membres à proximité des
grosses articulations. Le synovialosarcome primitif de la paroi thoracique est
extrêmement rare. Nous rapportons l′observation d′un patient suivi
dans notre formation pour des douleurs thoraciques en rapport avec une masse
pariétale étiquetée synovialosarcome.
Observation
Monsieur D.K est âgé de 18 ans, sans antécédents
pathologiques notables, hospitalisé dans le service pour une masse pariétale
thoracique. Le patient se plaint depuis 8 mois de douleur basi-thoracique droite avec
l′apparition d′une masse thoracique augmentant progressivement de volume.
L′examen a trouvé une tuméfaction axillaire basse droite de 6/5 cm,
ferme, fixe, peu douloureuse; aucune autre lésion n′a été
objectivée, l′état général a été
conservé. La radiographie thoracique a montré une opacité basale
droite de tonalité hydrique (Figure 1). La
tomodensitométrie thoracique a confirmé la présence d′une
masse ovoïde de 5x5x2 cm aux dépend du muscle grand dentelé droit,
se rehaussant après injection de produit de contraste avec une composante
nécrotique. Cette masse tumorale présente une extension endothoracique en
sablier à travers l′espace intercostal avec une composante charnue de
même aspect faisant 4x2 cm, sans lyse osseuse; s′accompagnant d′un
important épanchement pleural multicloisonné (Figure 2). L′échographie abdominale a
été normale ainsi que la fibroscopie bronchique. Une ponction biopsie de la
masse a conclu à un synovialosarcome. Une intervention chirurgicale a
été proposée, on a réalisé une thoracotomie
postéro latérale passant par le 6éme espace intercostal droit avec
une incision cutanée à cheval sur la tumeur, cette dernière est en
grande partie kystique et en bissac dont l′orifice de communication se trouve
à hauteur de la jonction de l′arc moyen et antérieur de la 7
éme côte et du 7 éme espace intercostal, les
limites endothoraciques de la tumeur sont imprécises et elle se situe à la
base du lobe inférieur qu′elle infiltre en même temps que le
diaphragme.
Figure 1
Radiographie thoracique de face montrant une opacité de tonalité
hydrique basithoracique droite avec une ligne bordante évoquant une
pleurésie.
Figure 2
Tomodensitométrie thoracique fenêtre médiastinale objectivant
un processus tissulaire à développement endo et exo thoracique avec
pleurésie enkysté.
Radiographie thoracique de face montrant une opacité de tonalité
hydrique basithoracique droite avec une ligne bordante évoquant une
pleurésie.Tomodensitométrie thoracique fenêtre médiastinale objectivant
un processus tissulaire à développement endo et exo thoracique avec
pleurésie enkysté.L′exérèse de la tumeur a été
réalisée en utilisant un plan extrapleural pour son décollement,
néanmoins elle est palliative en raison de la nature très friable de la
tumeur et de ses limites mal définies. Les suites opératoires
étaient simples. L′analyse macroscopique de la pièce
opératoire a trouvé une tumeur pesant 220g, en grande partie kystique avec
un contenu hématique et nécrotique et par endroit un aspect
blanchâtre, encéphaloïde et friable. La tumeur est
constituée par une population cellulaire assez polymorphe agencée
tantôt en faisceaux plus ou moins tourbillonnants entrecroisés avec parfois
un aspect pseudo hémangiopéricytaire; par ailleurs, ces cellules tapissent
des cavités de dimension variable prenant un aspect endothéliforme; elles
montrent des atypies cytonucléaires modérées à franches,
l′index mitotique est élevé évalué à 53
mitoses sur 10 champs, à l′immuno-histochimie les cellules
épithéliales expriment l′antigène membrane
épithélial et la cytokératine, et les cellules fusiformes expriment
la vimentine. Un traitement adjuvant a été indiqué à base
d'une radiothérapie à la dose de 50 Gray, centrée sur la cicatrice
de la thoracotomie associée à six cures de chimiothérapie associant
l'adriamycine et l'ifosfamide. Au bout d′un an de suivi l′état
général de notre patient s′est altéré, avec la
constatation d′une récidive de la tumeur et la survenue de
métastases parenchymateuses (Figure 3). Le
patient est décédé 2 mois après.
Figure 3
Radiographie thoracique de face montrant multiples opacités de tonalité
hydrique droite.
Radiographie thoracique de face montrant multiples opacités de tonalité
hydrique droite.
Discussion
Le synovialosarcome est une tumeur rare de l′adulte jeune. Sa localisation
principale est décrite comme péri articulaire, au sein des tendons, des
bourses et des capsules; d′autres localisations primaires atypiques sans relation
avec le tissu synovial sont décrites. De ce fait, la plupart des auteurs s'accordent
à dire que l'origine de cette tumeur dérive d'une cellule
mésenchymateuse pluripotente à différenciation synoviale [1]. Le synovialosarcome représente 5
à 10% des tumeurs des parties molles. Il existe une discrète
prédominance masculine, le sex-ratio est de 1,5. Il touche
préférentiellement le sujet jeune [2]. Notre malade avait moins de 20 ans. Le synovialosarcome se présente
comme une masse indolore qui augmente progressivement de volume sur plusieurs mois
jusqu’à l'apparition des premiers signes. Macroscopiquement, les
synovialosarcomes biphasiques associent deux contingents qui sont: des cellules
épithéliales cuboïdales et/ou cylindriques, dotées
d′un large noyau vésiculé et nucléolé centrant un
cytoplasme clair et des cellules fusiformes en plages cohésives et au cytoplasme peu
représenté. La vascularisation est soit peu marquée soit de type
hémangiopéricytaire. En immuno-histochimie les cellules
épithéliales expriment l′antigène membrane
épithélial et la cytokératine, et les cellules fusiformes expriment
la vimentine. La plupart des tumeurs portent une translocation caractéristique
t(X;18), qui implique les gènes SSX1 ou SSX2 du chromosome X (Xp11) et le
gène SYT du chromosome 18 (18q11). Les transcrits du gène de fusion
SYT–SSX peuvent être détectés sur les
prélèvements anatomopathologiques avec une sensibilité de 96% et une
spécificité de 100% [3].Compte tenu de sa rareté, le synovialosarcome de la paroi thoracique est de
diagnostic difficile, son caractère primitif est difficile à affirmer, la
recherche d'une tumeur primitive extra thoracique est fondamentale avant de poser le
diagnostic. Dans notre cas, le diagnostic a été retenu au terme d'une
analyse anatomopathologique caractéristique des synovialosarcomes para articulaires.
L'absence d'une localisation tumorale extra thoracique au moment du diagnostic et
après 18 mois de recul confirme le caractère primitif de la tumeur. La
radiographie thoracique révèle une opacité de tonalité
hydrique homogène bien limitée, les calcifications sont retrouvées
dans plus de 25% des cas. Dans 20 % des cas, l'os adjacent est atteint, soit sous la forme
d'une réponse à la pression avec ostéosclérose, soit sous la
forme d'un envahissement osseux avec érosions corticales. La
tomodensitométrie permet de mieux apprécier la présence des
microcalcifications, de préciser l'extension endo et exothoracique de la tumeur
ainsi que les signes de malignités (aspect hétérogène avec
nécrose centrale, pleurésie, invasion médiastino-pulmonaire). A
l′imagerie par résonance magnétique, environ 90 % des
synovialosarcomes sont bien limités avec parfois un aspect de capsule, la
présence de lobulations ou de cloisons est fréquente. Dans 80 % des cas, les
tumeurs sont hétérogènes en T2 avec des signaux de tonalité
liquidienne, solide, ou fibreuse [4]. Le
synovialosarcome est connu pour son caractère agressif et son risque
élevé de métastases. Le traitement, comme dans l'ensemble des
sarcomes des parties molles, est multimodal associant la chirurgie et la
radio-chimiothérapie. La chirurgie d'exérèse isolée donne
des résultats aussi bons qu'une association à la radio
chimiothérapie. Cependant le traitement multidisciplinaire permet une chirurgie
d'exérèse moins mutilante avec un meilleur contrôle tumoral local et
des métastases à distances. Les facteurs de mauvais pronostic sont: la
taille de la tumeur initiale de plus de 5 cm de diamètre, l'invasion locale, le haut
grade histologique (index mitotique, pourcentage de nécrose) et la résection
chirurgicale incomplète. L'exérèse chirurgicale complète de
la tumeur, lorsque qu'elle est possible fonctionnellement et techniquement, reste le facteur
déterminant pour la survie à long terme [4].
Conclusion
Les sarcomes ténosynoviaux ou synovialosarcomes sont des tumeurs malignes des
tissus mous, dont la localisation primitive thoracique est rare. Son traitement, est avant
tout chirurgical comme dans l'ensemble des sarcomes des parties molles, associant une
radiothérapie pour un meilleur contrôle local, toutefois, son pronostic
reste sombre devant une tumeur de plus de 5 cm de diamètre, une invasion locale, un
haut grade histologique et une chirurgie incomplète.