Literature DB >> 35530370

Clothilde Gros1, Alice-Andrée Mariaggi2, Jean-François Meritet2, Emma André1, Margaux Boisson1, Alice Combier1, Elise Descamps1, Camelia Frantz1, Sarah Wanono1, Jacques Morel3, Jérôme Avouac1, Flore Rozenberg2, Corinne Miceli-Richard1,4, Olivier Fogel1.   

Abstract

Entities:  

Year:  2022        PMID: 35530370      PMCID: PMC9059432          DOI: 10.1016/j.rhum.2022.04.010

Source DB:  PubMed          Journal:  Rev Rhum Ed Fr        ISSN: 1169-8330


× No keyword cloud information.

Introduction

Depuis le début de l’année 2020, l’infection liée à SARS-CoV-2 s’est rapidement propagée dans le monde, entraînant une pandémie mondiale. Sur 600 patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques infectés par le SARS-CoV-2 colligés par la COVID-19 Global Rheumatology Alliance, 46 % des patients avaient été hospitalisés et 9 % étaient décédés des complications du SARS-CoV-2 [1]. Dans ce recueil mondial de cas, le mode de recrutement par signalement des patients infectés ne permettait pas de détecter les cas asymptomatiques. Deux études menées en France et en Italie ont noté une faible incidence de cas symptomatiques de la maladie à SARS-CoV-2 au cours de la première vague épidémique chez des patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) sans faire une évaluation systématique de la séroprévalence [2], [3]. Deux autres études conduites en Allemagne et en Italie du Nord ont rapporté une faible séroprévalence contre le SARS-CoV-2 chez les patients RIC sous thérapie ciblée (2,27 % et 2 % respectivement) lors de la première vague, incluant des patients symptomatiques et asymptomatiques [4], [5]. De telles données manquent encore en France. Face à cette pandémie, les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques sous immunosuppresseurs (IS) ont été considérés à risque plus élevé d’infection grave par le SARS-CoV-2, étant donné le risque accru d’infections généralement observé sous ces traitements [6], [7], [8]. Les patients étaient conscients de ce risque et ont été associés à un meilleur respect des mesures d’isolement strict par rapport aux témoins sains [9]. D’autre part, l’effet des traitements IS sur la réponse humorale secondaire à l’infection par le SARS-CoV-2 n’est pas connu. Seules quelques observations de patients atteints de sclérose en plaque sous Ocrelizumab, ont été publiées [10], [11], montrant une diminution de la réponse humorale contre le SARS-CoV-2 chez les patients traités par des agents induisant une déplétion en lymphocytes B. Cependant, des résultats contradictoires ont été publiés concernant nos patients sous Rituximab (RTX) [12], [13], [14]. Des données complémentaires sur l’impact des traitements IS sur la réponse humorale contre le SARS-CoV-2 sont nécessaires pour guider la politique de vaccination dans cette population spécifique. L’objectif de ce travail était d’estimer la séroprévalence de l’infection par le SARS-CoV-2 chez les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques et de préciser la proportion de formes asymptomatiques et symptomatiques de COVID-19.

Méthodes

Patients

Nous avons réalisé un dépistage systématique de l’infection à COVID-19 chez les patients atteints de spondyloarthrite (SpA) ou de polyarthrite rhumatoïde (PR) vus en hôpital de jour de rhumatologie à l’hôpital Cochin à Paris entre le 1er juin et le 31 août 2020. Les patients étaient systématiquement interrogés sur la survenue de symptômes évocateurs de COVID-19 depuis janvier 2020. Notre étude étant réalisée avant la disponibilité des vaccins, les résultats des anticorps anti-SARS-CoV-2 n’interfèrent donc pas avec la vaccination. Les patients étaient informés de la réalisation de la sérologie dans le cadre du soin courant et attestaient de leur non-opposition à participer à l’étude. Le diagnostic de l’infection à SARS-CoV-2 reposait sur soit la présence de symptômes typiques de l’infection par le SARS-CoV-2 tels que l’anosmie ou l’agueusie, soit une PCR positive, soit un scanner thoracique caractéristique de l’infection. L’infection à COVID-19 était suspectée si les patients développaient des signes non spécifiques d’infection des voies respiratoires supérieures pendant la période de la première vague. Les critères de sévérité clinique appliqués pour caractériser l’infection au COVID-19 étaient ceux validés par les autorités chinoises au début de la pandémie et comme précédemment publiés [15].

Test sérologique

Les tests sérologiques étaient effectués sur des échantillons frais. Ils étaient réalisés de manière systématique à tous les patients pour éviter un biais de sélection. Le test sérologique utilisé était le test immunologique chimioluminescent microparticulaire contre le SARS-CoV-2 (Abbott, États-Unis) qui détecte les IgG dirigées contre la protéine nucléocapside N (anti-N). La détection des IgM n’était pas effectuée. Le résultat était considéré comme positif si le taux d’anticorps était supérieur à 1,4 et indéterminé s’il était compris entre 0,49 et 1,4, conformément aux recommandations d’usage du kit. Un test sérologique complémentaire, détectant les IgG dirigées contre la protéine Spike du SARS-CoV-2 (anti-S), était réalisé si la sérologie anti-N était positive, indéterminée ou non concluante (avec un indice compris entre 0,1 et 0,49) et/ou si le patient présentait des symptômes évocateurs de la maladie à COVID-19. Tous ces tests sérologiques étaient préalablement validés par la Task Force COVID-19 de l’Institut Pasteur (Paris) et par la Société Française de Virologie.

Analyse statistique

Seules des analyses descriptives étaient effectuées. Les valeurs binaires étaient exprimées en nombre et en pourcentage, les valeurs continues en moyenne et en écart-type.

Résultats

Séroprévalence anti-N chez les patients PR et SpA

Au total, 283 patients étaient inclus dans l’étude dont 140 PR et 143 SpA. Les caractéristiques des patients sont décrites dans le Tableau 1 . Le taux global de séroprévalence du SARS-CoV-2 était de 2,83 % (8/283 patients) sans différence significative entre les patients PR et SpA (2,14 % et 3,5 % respectivement). Trois patients présentaient une infection certaine par le SARS-CoV-2 sur la présence de symptômes typiques et/ou un test PCR positif et/ou un scanner (TDM) positif, mais n’avaient pas développé d’anticorps anti-N (Tableau 1). Ainsi, nous avons identifié 11 patients (RA n  = 6, SpA n  = 5, soit 3,8 %) avec une maladie à COVID-19 parmi les 283 patients inclus dans l’étude. Les caractéristiques de ces patients sont décrites dans le Tableau 2 . Parmi eux, 2 patients étaient asymptomatiques, ce qui correspond à 18 % des patients PR ou SpA atteints d’une infection à SARS-CoV-2 qui n’auraient pas été diagnostiqués par une stratégie de dépistage fondée uniquement sur l’interrogatoire sans évaluation sérologique systématique. Néanmoins, sur l’ensemble de la population dépistée, la proportion de patients ayant développé une forme asymptomatique de COVID-19 est marginale (0,71 %).
Tableau 1

Caractéristiques des patients.

Tous patients confondus (N = 283)
Patients avec PR (N = 140)
Patients avec SpA (N = 143)
Séropositive
Séronegative
Séropositive
Séronegative
Séropositive
Séronegative
N = 8N = 275N = 3N = 137N = 5N = 138
Âge, a ± DS51 ± 955 ± 14,954 ± 160 ± 14,249 ± 1250 ± 14,2
Sexe masculin, n (%)4 (50)101 (37)0 (0)22 (16)4 (80)79 (57)
Comorbidités
 IMC kg/m2, ± DS28,4 ± 3,326,2 ± 9,527,8 ± 4,625,7 ± 6,128,8 ± 2,926,8 ± 5,8
 Hypertension, n (%)1 (12,5)80 (29)0 (0)45 (33)1 (20)35 (25)
 Diabète, n (%)1 (12,5)26 (9)0 (0)14 (10)1 (20)12 (9)
 Maladie respiratoire chronique, n (%)1 (12,5)58 (21)0 (0)37 (27)1 (20)21 (15)
Symptômes de COVID-197 (87,5)34 (12)2 (67)12 (9)5 (100)22 (15)
FR positif2 (67)118 (86)
ACPA positif3 (100)118 (86)
Érosive ou destructive2 (67)103 (75)
DAS 28, moyenne ± DS1,7 ± 0,52,7 ± 1,1
△ DAS 28*, moyenne ± DS−0,3 ± 0,1−0,01 ± 0,6
Axial5 (100)120 (87)
Périphérique4 (80)101 (73)
Sacro-iliite radiographique4 (80)76 (55)
HLA B273 (60)79 (57)
BASDAI, moyenne ± DS25,9 ± 22,331,2 ± 19,5
△ BASDAI**, moyenne ± DS−0,9 ± 0,2−0,3 ± 0,7
Glucocorticoïdes, n (%)1 (12,5)84 (31)1 (33)74 (54)0 (0)10 (7)
 dose < 10 mg par jour, n (%)1 (100)75 (89)1 (100)67 (91)0 (0)8 (80)
 dose ≧ 10 mg par jour, n (%)0 (0)9 (11)0 (0)7 (9)0 (0)2 (20)
csDMARDs, n (%)7 (87,5)176 (64)4(100)108 (79)3 (60)68 (49)
 Méthotrexate5 (62,5)150 (55)3 (100)87 (63)2 (40)63 (46)
 Léflunomide0 (0)12 (4)0 (0)11 (8)0 (0)1 (1)
 Azathioprine0 (0)4 (1)0 (0)4 (3)0 (0)0 (0)
 Sulfazalazine1 (12,5)4 (1)0 (0)0 (0)1 (20)4 (3)
 Hydroxychloroquine1 (12,5)6 (2)1 (33)6 (4)0 (0)0 (0)
 bDMARDs, n (%)7 (87,5)235 (85)3 (100)110 (80)4 (80)125 (91)
Anti TNF
 Etanercept seul0 (0)1 (0,5)0 (0)0 (0)0 (0)1 (1)
  Avec MTX0 (0)4 (2)0 (0)2 (2)0 (0)2 (2)
  Avec autre csDMARD0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
 Infliximab seul1 (12,5)55 (20)0 (0)0 (0)1 (20)55 (40)
  Avec MTX3 (37,5)69 (25)1 (33)13 (9,5)2 (40)56 (41)
  Avec autre csDMARD1 (12,5)7 (3)0 (0)4 (3)1 (20)3 (2)
 Adalimumab seul0 (0)1 (0,5)0 (0)0 (0)0 (0)1 (1)
  Avec MTX0 (0)3 (1)0 (0)1 (1)0 (0)2 (1,5)
  Avec autre csDMARD0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
 Golimumab seul0 (0)2 (1)0 (0)0 (0)0 (0)2 (1,5)
  Avec MTX0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
  Avec autre csDMARD0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
Autres0 (0)9 (3)0 (0)8 (6)0 (0)1 (1)
 Abatacept seul
  Avec MTX0 (0)12 (4)0 (0)12 (9)0 (0)0 (0)
  Avec autre csDMARD0 (0)2 (1)0 (0)2 (1,5)0 (0)0 (0)
 Rituximab seul0 (0)10 (4)0 (0)10 (7)
  Avec MTX2 (25)25 (9)2 (67)26 (19)
  Avec autre csDMARD0 (0)6 (2)0 (0)6 (4,5)
  Avec autre bDMARD0 (0)1 (0,5)0 (0)1 (1)
 Tocilizumab alone0 (0)9 (3)0 (0)9 (7)
  Avec MTX0 (0)9 (3)0 (0)9 (7)
  Avec autre csDMARD0 (0)4 (1,5)0 (0)4 (3)
  Avec autre bDMARD0 (0)1 (0,5)0 (0)1 (1)
 Secukinumab alone0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
  Avec MTX0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
  Avec autre csDMARD0 (0)1 (0,5)0 (0)1 (1)
Inhibiteur de JAK0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)0 (0)
 Tofacitinib seul
  Avec MTX0 (0)3 (1)0 (0)3 (2)0 (0)0 (0)
 Baricitinib seul0 (0)1 (0,5)0 (0)0 (0)0 (0)1 (1)
  Avec MTX0 (0)1 (0,5)0 (0)1 (1)0 (0)0 (0)

* △ DAS 28 :{(DAS 28 en juillet)–(DAS 28 en février)}/(DAS 28 in février) ** △ BASDAI : {(BASDAI en juillet)–(BASDAI en février)}/(BASDAI en février) MTX : Methotrexate TOCI : TOCILIZUMAB.

Tableau 2

Caractéristiques des 11 patients avec une infection certaine par le SARS-CoV-2.

PatientCOVID confirméIgG antinucléocapsideAnti-N indexIgG anti spikeMaladieTraitementInfection à COVID19 infection rapportée par l’interrogatoirePCRTDMPrise en chargeSévéritéOxygéno-requérance
Patient 1Sérologie + symptômes + PCR + TDMPositive1,77PositivePRMTX + HCQ + RTXCéphalées, myalgies, diarrhée, arthralgies, toux d-sèche, rhinorrhée, anosmie, agueusiepositivetypiqueambulatoireModéréenon
Patient 2Sérologie + symptômes + PCR + TDMPositive2,78PositivePRMTX + RTXFièvre, céphalées, odynophagie, toux, expectoration, dyspnée, douleur thoracique, myalgie, diarrhée, anosmie, agueusiepositivetypiquehospitalisation en secteur conventionnelSévèreoui
Patient 3Sérologie + symptômesPositive1,48PositiveSpAMTX + IFXToux, fièvre, myalgiesdouteuseNAambulatoireFaiblenon
Patient 4Sérologie + symptômesPositive2,26PositiveSpASSZ + IFXFièvre, toux, céphalées, anosmie, agueusieNANAambulatoireFaiblenon
Patient 5Sérologie + symptômesPositive2,02PositiveSpAAINSAnosmie, agueusie, céphaléesNANAambulatoireFaiblenon
Patient 6Sérologie + symptômesPositive6,41PositiveSpAMTX + IFXOdynophagie, toux, expectoration, rhinorrhée, arthralgies, myalgiesnégativeNAambulatoireFaiblenon
Patient 7Sérologie + symptômesPositive3,28PositiveSpAIFXAnosmie, agueusie, frissonsNANAambulatoireFaiblenon
Patient 8Sérologie sans symptômesPositive1,44PositivePRMTX + IFXAsymptomatiqueNANAambulatoireFaiblenon
Patient 9Sérologie anti-S positiveIndéterminée0,58PositivePRCorticoïdesAsymptomatiqueNANAambulatoireFaiblenon
Patient 10Symptômes + PCR + TDMNon concluante0,21NégativePRABAFièvre, asthénie, agueusiepositivetypiquehospitalisationen secteur conventionnelModéréenon
Patient 11Symptômes + PCR + TDMNégative0,01NégativePRMTX + RTXDiarrhée, toux, dyspnéepositivetypiqueHospitalisationen secteur conventionnelModéréeoui

AINS : anti inflammatoire non stéroidiens; MTX : Méthotrexate HCQ : Hydroxychloroquine; RTX : Rituximab; SLZ : Sulfasalazine; IFX : Infliximab; Surligné en gris : patientes traitées par Rituximab.

Caractéristiques des patients. * △ DAS 28 :{(DAS 28 en juillet)–(DAS 28 en février)}/(DAS 28 in février) ** △ BASDAI : {(BASDAI en juillet)–(BASDAI en février)}/(BASDAI en février) MTX : Methotrexate TOCI : TOCILIZUMAB. Caractéristiques des 11 patients avec une infection certaine par le SARS-CoV-2. AINS : anti inflammatoire non stéroidiens; MTX : Méthotrexate HCQ : Hydroxychloroquine; RTX : Rituximab; SLZ : Sulfasalazine; IFX : Infliximab; Surligné en gris : patientes traitées par Rituximab.

Comparaison entre les sérologies anti-N et anti-S

Un test sérologique supplémentaire détectant les anticorps anti-S a été réalisé pour 61 patients, dont 8 qui avaient des anticorps anti-N positifs, 4 qui avaient un taux d’anti-N indéterminés, 21 qui présentaient un taux d’anti-N non concluants et 28 patients qui avaient des symptômes évocateurs de COVID-19 et pour lesquels la sérologie anti-N était négative. Tous les patients ayant une sérologie anti-N positive avaient une sérologie anti-S positive confirmant l’infection. La sérologie anti-S est revenue négative chez l’ensemble des 28 patients présentant des symptômes cliniques évocateurs d’une infection à SARS-CoV-2 sans séroconversion anti-N suggérant qu’aucun de ces patients n’ait réellement fait une forme de COVID-19. La sérologie anti-S a permis de rétablir le diagnostic de COVID chez 1 seul patient pour lequel la sérologie anti-N ne permettait pas de conclure de manière certaine (taux indéterminé) (Tableau 1 et Fig. 1 ).
Fig. 1

Sérologie anti-S réalisée chez les 61 patients ayant une sérologie anti-N positive ou indéterminée ou non concluante ou ayant des symptômes cliniques suspect de COVID19.

Sérologie anti-S réalisée chez les 61 patients ayant une sérologie anti-N positive ou indéterminée ou non concluante ou ayant des symptômes cliniques suspect de COVID19.

Effet des bDMARDs sur la réponse humorale

Sur les 283 patients suivis dans notre hôpital de jour, 85 % étaient sous bDMARDs avec une grande proportion de patients sous Rituximab (RTX) (n  = 44) et Infliximab (IFX) (n  = 136) compte tenu du mode de recrutement de notre population d’étude (Tableau 1). Parmi les 11 patients atteints d’une infection à SARS-CoV-2, 6 étaient traités par méthotrexate (MTX) en association à une biothérapie (54 %), 5 étaient sous IFX (45 %), 1 sous Abatacept (ABA) (9 %), 3 sous RTX (27 %), 1 sous corticothérapie seule (9 %) et 1 sous AINS seul (9 %). Trois patients ont été hospitalisés dans un service de médecine conventionnelle pour leur infection à SARS-CoV-2. A noter que deux d’entre eux étaient traités par RTX et ont nécessité une oxygénothérapie (Fig. 1). Deux patients n’ont pas développé de réponse humorale (anti-N négatif ou non concluante et anti-S négatif), l’un d’entre eux était traité par RTX en association avec du MTX, et l’autre était sous ABA en monothérapie. Un patient avec une corticothérapie au long cours avait une sérologie anti-N indéterminée mais une sérologie anti-S positive. Comme il a été suggéré que le RTX pouvait altérer la réponse humorale, nous avons focalisé notre analyse descriptive sur les 3 patientes infectées à SARS-CoV-2 et traitées par RTX (Fig. 2 ). La patiente n°1, traitée par RTX depuis 2013 à la dose de 1 g tous les 6 mois, a fait une infection à SARS-CoV-2 2 mois après sa dernière perfusion et avait des anticorps anti-N détectables 4 mois après l’infection et à 6 mois de la dernière perfusion de RTX. La patiente n°2, traitée depuis 2014 à la dose de 500 mg par an, a fait un COVID-19 9 mois après sa dernière perfusion et avait des anticorps anti-N détectables 3 mois après l’infection et 12 mois après la dernière perfusion de RTX. Finalement, la patiente n°11, traitée depuis plus de 10 ans à une posologie de 1 g tous les 9 mois, s’est infectée 7 mois après sa dernière perfusion mais les anticorps anti-N n’étaient toujours pas détectables 2 mois après l’infection. Tous les patients avaient un taux non nul de CD19 au moment de la sérologie mais celui-ci n’était pas disponible au moment de l’infection.
Fig. 2

Analyse descriptive des trois patientes traitées par RITUXIMAB (RTX).

Analyse descriptive des trois patientes traitées par RITUXIMAB (RTX).

Discussion

La séroprévalence par détection d’IgG anti-N spécifique du SARS-CoV-2 chez les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques au cours de la première vague était relativement faible (2,83 %) par rapport à une cohorte de sujets sains évalués entre janvier et mai 2020 en Ile de France (IDF) dans l’étude EPICOV (5,7 % par sérologie anti-N) [16]. Néanmoins, ce résultat est cohérent avec ceux obtenus dans d’autres services de rhumatologie en Allemagne (2,27 %) et en Italie (2,03 %) [4], [5]. Ce taux relativement faible retrouvé dans notre population peut s’expliquer par le grand respect des mesures de confinement et de protection comme précédemment rapporté [9], ou par l’utilisation de bDMARDs qui pourrait réduire la réponse humorale contre le SARS-CoV-2 [10], [11], [12]. Par cette approche systématique, nous avons pu identifier deux patients asymptomatiques (18 % des patients infectés), ce qui signifie que le taux d’infection par le COVID-19 pourrait être sous-estimé dans cette population spécifique de patients atteints de PR et de SpA traités principalement par des bDMARDs. Au cours de la même période d’exposition, seuls 3,7 % de la population saine de l’IDF présentaient une sérologie anti-S positive et étaient asymptomatiques [16]. Cette observation suggère qu’un dépistage sérologique systématique pourrait être important chez les patients traités par DMARDs, si l’on considère que la politique de vaccination et le nombre de doses de vaccin dépendent du statut « infecté » ou non par le COVID-19. Quoi qu’il en soit, ce faible taux de séroconversion démontre la faible proportion de patients avec une protection humorale et renforce l’importance d’étendre la couverture vaccinale dans cette population. Dans cette étude, nous avons montré que l’utilisation d’un test sérologique détectant les anticorps IgG contre la nucléocapside du SARS-CoV-2 est une stratégie efficace pour le diagnostic de la maladie COVID-19 en sachant que les anticorps anti-N, contrairement aux anticorps anti-S, ne sont pas induits par les vaccins actuellement disponibles. Un dépistage supplémentaire par une sérologie anti-S n’a pas semblé améliorer la précision du diagnostic pour la plupart des patients puisqu’elle n’a permis de redresser le diagnostic que pour un seul patient avec une sérologie anti-N indéterminée. Néanmoins, comme nous n’avons pas recherché systématiquement l’anticorps anti-S, il est possible que certains patients asymptomatiques avec une sérologie anti-S positive n’aient pas été dépistés par notre stratégie comme cela a été montré précédemment [16]. Dans cette situation, le pourcentage de patients asymptomatiques serait encore plus élevé par rapport à celui observé chez les témoins sains. De plus, les patients asymptomatiques ou pauci-symptomatiques seraient ceux pour lesquels la réponse immunitaire est plus faible [17]. La capacité des médicaments immunomodulateurs à réduire la réponse humorale contre le SARS-CoV-2 a été récemment suggérée [12], [13], [14]. Dans notre étude, une sérologie anti-N négative, indéterminée ou non concluante était retrouvée chez un patient sous RTX (33 %), un patient sous ABA (33 %) et un patient sous glucocorticoïdes (33 %) malgré une infection certaine au COVID-19. Or, il a été démontré que ces traitements altèrent la réponse humorale après la vaccination [18]. Ces traitements pourraient donc empêcher le développement d’une bonne réponse humorale. Récemment, il a été constaté que les patients traités par RTX étaient plus enclins à développer une maladie grave [19], [20] et pouvaient être exposés à un risque de réinfection [21]. Ceci pourrait être la conséquence d’une réponse immunitaire absente ou inefficace à cause du traitement par RTX. D'Silva et al. suggèrent que la durée du traitement par RTX, la dose et le délai entre la dernière dose de RTX et l’infection par le SARS-CoV-2 peuvent avoir un impact sur la réponse immunitaire et la gravité de l’infection à SARS-CoV-2 [12], [14]. Dans une autre étude incluant 5 patients traités par RTX, tous sauf un avaient développé une réponse humorale malgré l’absence de lymphocytes B CD19+ circulants pour deux d’entre eux [13]. Dans notre étude, 2 sur les 3 patientes traitées au long cours par RTX ont pu développer une réponse humorale sans conséquence de la dose, du rythme et de la durée entre la dernière perfusion et le début de l’infection par le SARS-CoV-2, et ceci malgré une profonde déplétion en lymphocytes B (CD19 indétectables) pour une des patientes (Figure 2). La troisième patiente sous RTX qui n’a pas développé d’anticorps suite à l’infection, présentait à la fois une déplétion en lymphocytes B et une hypogammaglobulinémie, deux paramètres biologiques qui pourraient être de première importance pour le développement d’une bonne réponse humorale. Tous les patients traités par RTX présentaient une atteinte pulmonaire du COVID-19, mais seule la patiente 2 présentait une maladie sévère avec une atteinte pulmonaire peu étendue (< 25 %) malgré l’absence d’hypogammaglobulinémie, la persistance de lymphocytes B circulants (quantifiée 3 mois après l’infection par le SARS-CoV-2), et la production d’anticorps spécifiques contre le SARS-CoV-2. D’autres études sur un plus grand échantillon de patients seront nécessaires pour examiner en détail la réponse immunitaire contre le SARS-CoV-2 chez les patients sous IS. Il est important de noter que la réponse humorale détectée dans le sang périphérique évoquée ci-dessus ne résume pas l’ensemble de la réponse immunitaire. Les réponses cellulaires et humorales nasopharyngées, basées principalement sur la sécrétion d’IgA, pourraient également avoir une importance dans la lutte contre le SARS-CoV-2. En conclusion, la séroprévalence contre le SARS-CoV-2 chez les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques, majoritairement traités par bDMARDs, était de 2,83 %. Parmi les patients infectés, 18 % étaient asymptomatiques. L’approche diagnostique combinant l’interrogatoire des patients et la sérologie anti-N semble être une stratégie efficace pour détecter les infections par le SARS-CoV-2. La capacité de séroconversion sous RTX semble dépendre à la fois de la présence des lymphocytes B et de l’absence d’hypogammaglobulinémie mais des études sur un plus grand nombre de patients sont nécessaires. En ce qui concerne la gravité de l’infection par le SARS-Cov-2, une attention particulière doit être portée aux patients traités par RTX, indépendamment de la séroconversion, de l’hypogammaglobulinémie et de la déplétion en lymphocytes B.

Financement

Cette recherche n’a bénéficié d’aucune subvention spécifique de la part d’organismes de financement des secteurs publics, commercial ou à but non lucratif.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
  20 in total

1.  Safety of rituximab in rheumatoid arthritis: a long-term prospective single-center study of gammaglobulin concentrations and infections.

Authors:  Anne Isvy; Marine Meunier; Camille Gobeaux-Chenevier; Emilie Maury; Julien Wipff; Chantal Job-Deslandre; André Kahan; Yannick Allanore
Journal:  Joint Bone Spine       Date:  2012-01-28       Impact factor: 4.929

2.  Safety of rituximab in rheumatoid arthritis patients with a history of severe or recurrent bacterial infection: observational study of 30 cases in everyday practice.

Authors:  Eric Toussirot; Edouard Pertuiset; Christelle Sordet; Benoît Augé; Daniel Wendling; Béatrice Pallot-Pradès; Philippe Collet; Anne Lohse; Jean-Charles Balblanc
Journal:  Joint Bone Spine       Date:  2010-02-19       Impact factor: 4.929

Review 3.  Risk of serious infection in biological treatment of patients with rheumatoid arthritis: a systematic review and meta-analysis.

Authors:  Jasvinder A Singh; Chris Cameron; Shahrzad Noorbaloochi; Tyler Cullis; Matthew Tucker; Robin Christensen; Elizabeth Tanjong Ghogomu; Doug Coyle; Tammy Clifford; Peter Tugwell; George A Wells
Journal:  Lancet       Date:  2015-05-11       Impact factor: 79.321

4.  COVID-19 in a Patient Treated for Granulomatosis with Polyangiitis: Persistent Viral Shedding with No Cytokine Storm.

Authors:  Pascale Daniel; Marc Raad; Rami Waked; Jacques Choucair; Moussa Riachy; Fady Haddad
Journal:  Eur J Case Rep Intern Med       Date:  2020-09-24

Review 5.  Negative SARS-CoV-2 antibody testing following COVID-19 infection in Two MS patients treated with ocrelizumab.

Authors:  Jeanine Rempe Thornton; Asaff Harel
Journal:  Mult Scler Relat Disord       Date:  2020-06-26       Impact factor: 4.339

6.  Is serological response to SARS-CoV-2 preserved in MS patients on ocrelizumab treatment? A case report.

Authors:  Matteo Lucchini; Assunta Bianco; Paola Del Giacomo; Chiara De Fino; Viviana Nociti; Massimiliano Mirabella
Journal:  Mult Scler Relat Disord       Date:  2020-06-22       Impact factor: 4.339

7.  High rates of severe disease and death due to SARS-CoV-2 infection in rheumatic disease patients treated with rituximab: a descriptive study.

Authors:  Jesús Loarce-Martos; Antía García-Fernández; Fernando López-Gutiérrez; Verónica García-García; Laura Calvo-Sanz; Iván Del Bosque-Granero; M Andreína Terán-Tinedo; Alina Boteanu; Javier Bachiller-Corral; Mónica Vázquez-Díaz
Journal:  Rheumatol Int       Date:  2020-09-18       Impact factor: 2.631

Review 8.  Coronavirus Disease 2019 (COVID-19): A Perspective from China.

Authors:  Zi Yue Zu; Meng Di Jiang; Peng Peng Xu; Wen Chen; Qian Qian Ni; Guang Ming Lu; Long Jiang Zhang
Journal:  Radiology       Date:  2020-02-21       Impact factor: 11.105

9.  COVID-19 in French patients with chronic inflammatory rheumatic diseases: Clinical features, risk factors and treatment adherence.

Authors:  Félicie Costantino; Léa Bahier; Luis Coronel Tarancón; Ariane Leboime; François Vidal; Lamouri Bessalah; Maxime Breban; Maria-Antonietta D'Agostino
Journal:  Joint Bone Spine       Date:  2020-11-02       Impact factor: 4.929

View more

北京卡尤迪生物科技股份有限公司 © 2022-2023.