Literature DB >> 33854671

[Criminal poisoning in Morocco: data from the Morocco Poison Control and Pharmacovigilance Centre (1980-2014)].

Sara Boukhorb1, Naima Rhalem2, Soumaia Hmimou1, Abdelmajid Soulaymani1, Abdelrhani Mokhtari1, Rachida Soulaymani-Bencheikh2,3, Rachid Hmimou2, Hinde Hami1.   

Abstract

INTRODUCTION: intentional poisoning is a major public health problem in both developed and developing countries. The purpose of this study is to describe the epidemiological features of criminal intoxication in Morocco.
METHOD: we conducted a retrospective study of all cases of criminal intoxication identified by the Morocco Poison Control and Pharmacovigilance Centre (MPCPC) between 1980 and 2014.
RESULTS: during the study period, 611 cases of criminal poisoning were recorded, reflecting a rate of 2.1% of all intentional poisoning reported during the same period. The average age of intoxicated patients was 26.4±14.3 years. More than a quarter of the subjects were children under the age of 15 (28.6%). According to the study results, 55.9% were male, with a sex-ratio (M/F) of 1.3. The majority of cases (89.4%) occurred in urban areas. Collective intoxications were reported in 24.4% of cases. The most frequently used products were pesticides (19.1%) and plants (19%). Patients developed different symptoms based on the toxic substances used, the amount ingested and the time elapsed before treatment. A range of digestive, neurological, respiratory and cardiovascular disorders were reported. Out of 440 patients with outcome data available, 27 died. The remainder of patients survived with or without sequelae.
CONCLUSION: criminal poisoning is a major issue. The number of cases is probably underestimated due to a large number of undiagnosed or unreported cases. Copyright: Sara Boukhorb et al.

Entities:  

Keywords:  Criminal poisoning; MPCPC; Morocco; intentional intoxication

Mesh:

Substances:

Year:  2021        PMID: 33854671      PMCID: PMC8017367          DOI: 10.11604/pamj.2021.38.42.27450

Source DB:  PubMed          Journal:  Pan Afr Med J


Introduction

L´Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a estimé que 25 à 33% de la charge mondiale de morbidité est attribuable à des risques toxiques et 3% des hospitalisations sont dues aux intoxications [1,2]. Les intoxications intentionnelles restent un problème majeur de santé publique, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement. Parmi elles, les actes criminels ne sont pas négligeables. Selon les statistiques du Centre Suisse d´Information Toxicologique, 35948 cas d´intoxications ont été enregistrés en Suisse en 2018 dont 107 cas en rapport avec des actes criminels [3]. Au Maroc, les intoxications intentionnelles représentent 15,75% de l´ensemble des intoxications déclarées au Centre Antipoison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM) en 2014 [4]. Les circonstances criminelles sont rarement étudiées dans la littérature et les causes restent généralement inconnues. L´administration de substances toxiques à l´insu de la victime à des fins criminelles peut causer des effets graves, voire mortels. L´objectif de ce travail était de décrire le profil épidémiologique des intoxications criminelles au Maroc durant la période 1980-2014.

Méthodes

Il s´agit d´une étude rétrospective des cas d´intoxications criminelles signalés au CAPM sur une période de 35 ans allant de janvier 1980 jusqu´à décembre 2014. Les données ont été collectées à partir des fiches de déclaration des intoxications reçues à l'unité de toxicovigilance et des appels reçus par l´unité de l´information toxicologique. Les principales informations collectées étaient: le sexe, l´âge, le milieu de résidence, le lieu d´intoxication, le produit en cause, les signes cliniques et symptômes et l´évolution clinique des patients intoxiqués. L´âge des patients est présenté selon la classification de Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques (l´IPCS): enfant «5-14 ans», adolescent «15-19 ans», adulte «20-74 ans», personne âgée «75 ans ou plus». L´évaluation de la gradation est faite selon «Poisoning Severity Score (PSS)»: grade 0 (néant), grade 1 (mineur), grade 2 (modéré), grade 3 (sévère), grade 4 (fatal) [5]. Les indicateurs de santé liés aux intoxications criminelles ont été calculés suivant les projections de population publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) du Maroc. Une intoxication criminelle est définie comme étant une exposition ou incident où des patients sont victimes d´autres personnes, qui ont l´intention de leur causer de la mort.

Résultats

Entre 1980 et 2014, 611 cas d´intoxications criminelles ont été recensés par le Centre Antipoison et de Pharmacovigilance du Maroc, avec une moyenne de 18 cas par an. Le sexe masculin représentait 55,9% des cas, avec un sexe-ratio (M/F) de 1,3. L´âge moyen des victimes empoisonnées était de 26,4±14,3 ans, avec des extrêmes allant de 5 à 82 ans. La classe d´âge 20-50 ans était particulièrement concernée, avec 58,3%. La majorité (89,4%) des accidents déclarés ont été survenus en milieu urbain. Plus de la moitié des cas ont eu lieu à domicile, soit 54,9% et 25,1% dans un lieu public. Suivant les données recensées, 149 cas d´empoisonnements collectifs, soit 24,4% ont été enregistrés, avec une exposition répétée pour 13 cas (Tableau 1). D´après les résultats, les produits les plus fréquemment utilisés étaient les pesticides et les produits agricoles, avec 19,1% des cas, suivis par les plantes, avec 19% des cas. L´utilisation des venins d´animaux a été signalée dans 1,8% des cas enregistrés (Tableau 2).
Tableau 1

principales caractéristiques de l’empoisonnement criminel au Maroc, CAPM, 1980-2014

CaractéristiquesNombre de cas (%)EvolutionLétalité (%)
FavorableDécès
Sexe
Masculin334 (55,9)224208,2
Féminin263 (44,1)17873,8
n597 (100,0)402276,3
Groupes d'âge
Enfant148 (28,6)8544,5
Adolescent82 (15,8)5323,6
Adulte285 (55,0)172209,8
Personne âgée3 (0,6)1--
n518 (100,0)311267,7
Milieu
Urbain438 (89,4)312185,5
Rural52 (10,6)3712,6
n490 (100,0)349195,2
Lieu d'intoxication
Domicile247 (54,9)156106,0
Public113 (25,1)9122,1
Ecole69 (15,3)67--
Travail21 (4,7)14212,5
n450 (100,0)328144,1
Clinique
Asymptomatique81 (13,3)54--
Symptomatique530 (86,7)359266,7
n611 (100,0)413265,9
Gradation
Grade 046 (10,1)39--
Grade 156 (12,3)54--
Grade 2209 (45,8)161--
Grade 3118 (25,9)95--
Grade 427 (5,9)-27100,0
n456 (100,0)349277,2
Tableau 2

répartition des cas d’intoxications criminelles selon les produits utilisés, CAPM, 1980-2014

Agents en causeNombre de cas (%)
Pesticides et produits agricoles109 (19,1)
Plantes108 (19,0)
Produits industriels104 (18,3)
Produits gazeux102 (17,9)
Médicaments90 (15,8)
Aliments46 (8,1)
Animaux10 (1,8)
n569 (100,0)
principales caractéristiques de l’empoisonnement criminel au Maroc, CAPM, 1980-2014 répartition des cas d’intoxications criminelles selon les produits utilisés, CAPM, 1980-2014 Selon le système ou l´organe concerné, les troubles gastro-intestinaux et les troubles du système nerveux central et périphérique étaient les signes cliniques les plus rencontrés, avec respectivement 35,9% et 32,2% des cas. La majorité des cas, soit 86,7% ont été symptomatiques (Tableau 3). L´administration des produits a été effectuée par voie orale dans 72,9% des cas et par inhalation dans 23,8% des cas.
Tableau 3

répartition des cas selon le système ou l’organe concerné, CAPM, 1980-2014

Système ou organe concernéNombre de cas (%)
Troubles gastro-intestinaux134 (35,9)
Troubles du système nerveux central et périphérique120 (32,2)
Troubles psychiatriques25 (6,7)
Troubles de la fréquence et du rythme cardiaque25 (6,7)
Affections de l'appareil respiratoire21 (5,6)
Altération de l'état général21 (5,6)
Affections du système cardio-vasculaire général14 (3,8)
Autres13 (3,5)
n373 (100,0)
répartition des cas selon le système ou l’organe concerné, CAPM, 1980-2014 Sur les 440 cas pour lesquels l´évolution est connue, 27 sont décédés, ce qui donne une létalité de 6,1%, avec une létalité spécifique au sexe masculin de 8,2%. Les autres cas ont survécu avec ou sans séquelles. La région de Souss-Massa-Drâa a notifié 8 décès, avec une létalité spécifique de 17,8%. Pour avoir une idée générale sur l´état de santé de la population, on a calculé les principaux indicateurs de santé liés aux intoxications criminelles déclarées au CAPM entre 1980 et 2014. D´après les résultats, l´incidence annuelle de l´empoisonnement criminel était maximale au niveau de la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer (1,25 cas pour 1000000 habitants/an) et la région de Tanger-Tétouan (1,09 cas pour 1000000 habitants/an), avec une mortalité annuelle maximale de 0,07 décès pour 1000000 habitants/an dans la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer (Tableau 4).
Tableau 4

indicateurs annuels de santé liés aux intoxications criminelles par région au Maroc, CAPM, 1980-2014

RégionsNombre de casNombre de décèsLétalité spécifique%Taux d'incidence*Taux de mortalité*
Oued Ed-Dahab-Lagouira1--0,10-
Laâ youne-Boujdour-Sakia El Hamra4--0,32-
Guelmim-Es Semara7--0,36-
Souss-Massa-Drâa45817,80,360,06
Gharb-Chrarda-Béni Hssen2428,30,340,03
Chaouia-Ouardigha13--0,21-
Marrakech-Tensift-Al Haouz29--0,24-
Oriental4512,20,630,01
Grand Casablanca10232,90,740,02
Rabat-Salé-Zemmour-Zaer12375,71,250,07
Doukkala-Abda16--0,21-
Tadla-Azilal22--0,41-
Meknès-Tafilalet4412,30,550,01
Fès-Boulemane17--0,27-
Taza-Al Hoceima-Taounate9111,10,130,02
Tanger-Tétouan10732,81,090,03
n (total)608264,280,520,02

pour 1 000 000 habitants/an

indicateurs annuels de santé liés aux intoxications criminelles par région au Maroc, CAPM, 1980-2014 pour 1 000 000 habitants/an

Discussion

Les intoxications sont une cause fréquente d´admission aux urgences et en réanimation à travers le monde. En 1999, l´OMS a défini une intoxication comme étant une lésion cellulaire ou tissulaire, un trouble fonctionnel ou un décès causé par l´inhalation, l´ingestion, l´injection ou l´absorption d´une substance toxique. Durant la période de l´étude, 611 cas d´intoxications criminelles ont été déclarés au Centre Antipoison et de Pharmacovigilance du Maroc. Ce chiffre est probablement sous-estimé, en raison de la sous notification des cas d´intoxications, en particulier les cas criminels. Les données ont montré que la majorité des cas était des adultes (55%) et des enfants de 5 à 14 ans (28,6%). Par ailleurs, d´autres travaux menés aux Etats-Unis et en Italie ont montré des fréquences élevées d´intoxications chez les enfants, dont l´âge est compris entre 0 et 4 ans (respectivement 48,5% et 37%) [6,7]. Nos résultats ont montré que le sexe masculin est le plus exposé au risque d´intoxications criminelles, avec un sexe-ratio (M/F) de 1,3, ceci peut être expliqué par le fait que le poison était, depuis les temps les plus reculés, l´arme favorite des femmes, qui veulent mettre fin à la vie de leurs conjoints. Parmi ces actes, on cite l´exemple célèbre de Marie Besnard et l´affaire Lafarge. Cependant, les femmes restent plus exposées au risque d´intoxications, ce qui concorde avec les résultats d´autres études menées en Belgique et au Royaume-Uni [8,9]. Cependant, en Australie, les hommes ont été les plus exposés au risque d´empoisonnement [10]. D´après les données de cette étude, les intoxications criminelles étaient survenues en milieu urbain dans 89,4% des cas, ceci peut être expliqué par la sous notification des zones rurales. Les pesticides, les plantes et les produits industriels étaient les produits les plus utilisés, avec respectivement 19,1%, 19% et 18,3% des cas. Dans plusieurs pays, les produits les plus couramment utilisés dans le cas des intoxications intentionnelles sont les pesticides, ce qui s´accorde avec nos résultats [11-13]. Ce type d´intoxication peut engendrer de graves effets sur les intoxiqués pouvant conduire à la mort [14]. Par ailleurs, les intoxications par les plantes sont accidentelles chez les enfants et suicidaires chez les adultes, et elles représentent de faibles fréquences à travers le monde [15-17]. Le degré de sévérité de l´ingestion des plantes dépend de la nature de la plante et parfois même de la partie utilisée et la dose administrée [18]. Les plantes ont été utilisées depuis l´antiquité et l´histoire du poison ne cesse d´enrichir la littérature sur les principes actifs utilisés à des fins criminelles au fil du temps. Un simple exemple, les amandes de noyaux de pêches étaient broyées pour obtenir du cyanure. Ce poison était mélangé avec des aliments et provoquait des signes différents selon la dose prise. Une forte quantité conduisait à la mort [19]. Nos résultats ont montré aussi l´utilisation des venins d´animaux dans des actes malveillants à visée criminelle [20]. D´après notre étude, toute une série de symptômes gastro-intestinaux, neurologiques et respiratoires étaient observés, ceci est dû à la diversité des produits toxiques utilisés dans ce type d´intoxication. Les intoxications criminelles étaient responsables de 27 décès, ce qui représente une létalité de 6,1%. Ce taux est probablement sous-estimé vu que la confusion avec les cas liés aux circonstances suicidaires ou accidentelles est très probable.

Conclusion

L´empoisonnement criminel, très peu documenté dans la littérature, constitue un problème non négligeable. L´administration de substances à l´insu de la victime à des fins criminelles, qui peut être la cause d´une intoxication involontaire grave impose une sensibilisation des médecins confrontés aux problèmes de diagnostic et de prise en charge des victimes. Une mise en œuvre de stratégies, ayant pour objectifs de limiter la vente libre de certains produits tels que les pesticides et connaître les causes réelles de ce type d´intoxication, est très recommandée.

Etat des connaissances sur le sujet

L´intoxication criminelle est peu documentée dans la littérature; Les résultats publiés concernant juste la fréquence de ce type d´intoxication par rapport aux intoxications intentionnelles.

Contribution de notre étude à la connaissance

Cette étude présente le profil épidémiologique des intoxications criminelles déclarées au CAPM; Elle présente les produits les plus fréquemment utilisés dans les actes malveillants à visée criminelle et donne le profil des victimes.
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1.  2010 Annual Report of the American Association of Poison Control Centers' National Poison Data System (NPDS): 28th Annual Report.

Authors:  Alvin C Bronstein; Daniel A Spyker; Louis R Cantilena; Jody L Green; Barry H Rumack; Richard C Dart
Journal:  Clin Toxicol (Phila)       Date:  2011-12       Impact factor: 4.467

2.  Risk factors for acute pesticide poisoning in Sri Lanka.

Authors:  Wim van der Hoek; Flemming Konradsen
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3.  [Profile of acute poisoning in Italy. Analysis of the data reported by Poison Centres].

Authors:  Nicolina Mucci; Mariano Alessi; Roberto Binetti; Maria Grazia Magliocchi
Journal:  Ann Ist Super Sanita       Date:  2006       Impact factor: 1.663

4.  Poisoning severity score. Grading of acute poisoning.

Authors:  H E Persson; G K Sjöberg; J A Haines; J Pronczuk de Garbino
Journal:  J Toxicol Clin Toxicol       Date:  1998

5.  Patterns of poisoning exposure at different ages: the 2015 annual report of the Australian Poisons Information Centres.

Authors:  Alanna Huynh; Rose Cairns; Jared A Brown; Ann-Maree Lynch; Jeff Robinson; Carol Wylie; Nicholas A Buckley; Andrew H Dawson
Journal:  Med J Aust       Date:  2018-07-09       Impact factor: 7.738

6.  How much global ill health is attributable to environmental factors?

Authors:  K R Smith; C F Corvalán; T Kjellström
Journal:  Epidemiology       Date:  1999-09       Impact factor: 4.822

Review 7.  Suicide by intentional ingestion of pesticides: a continuing tragedy in developing countries.

Authors:  David Gunnell; Michael Eddleston
Journal:  Int J Epidemiol       Date:  2003-12       Impact factor: 7.196

Review 8.  Herbs and the kidney.

Authors:  Corinne Isnard Bagnis; Gilbert Deray; Alain Baumelou; Moglie Le Quintrec; Jean Louis Vanherweghem
Journal:  Am J Kidney Dis       Date:  2004-07       Impact factor: 8.860

9.  [Severe acute poisoning by organophosphorus pesticides: report of 28 cases].

Authors:  Ali Derkaoui; Abderrahim Elbouazzaoui; Noufel Elhouari; Sanae Achour; Smael Labib; Hicham Sbai; Mustapha Harrandou; Mohammed Khatouf; Nabil Kanjaa
Journal:  Pan Afr Med J       Date:  2011-03-01
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