Literature DB >> 32680715

[Nasopharyngeal carriage of SARS-CoV-2 among health personnel with symptoms suggestive of COVID-19 in a University Hospital in the Paris suburbs].

S Greffe1, F Espinasse2, C Duran1, S Labrune3, M Sirol4, B Mantalvan5, M C Gramer2, C Babulle1, G Do Rosario1, Q Vauvillier6, A Huet6, A Van der Heidjen6, J Tysebaert6, L F Kramarz7, J-P Rabes8, G Pellissier9, T Chinet10, F Moreau11, E Rouveix12.   

Abstract

INTRODUCTION: A consultation dedicated to symptomatic health professionals was opened at the beginning of the COVID-19 epidemic in order to meet the specific needs of this population. The objective of this work was to estimate the frequency of SARS-Cov-2 nasopharyngeal carriage in symptomatic healthcare workers suspected of having COVID-19 and to determine the factors associated with this carriage.
METHODS: Of the 522 consultants, 308 worked in the Hospital and 214 outside. They had mild forms of COVID-19 and non-specific clinical signs with the exception of agueusia/anosmia, which was significantly more common in those with positive RT-PCR. The rate of RT-PCR positivity was 38% overall, without significant difference according to profession. It was higher among external consultants (47% versus 31%). In the hospital, this rate was significantly lower for symptomatic staff in the care sectors, compared to staff in the technical platforms and laboratories (24%, versus 45%, p = 0.006 and 54%, respectively, p < 0.001), but did not differ between staff in COVID units and other care sectors (30% versus 28%). Among the external consultants, the positivity rates of nursing home and private practices staff (53% and 55% respectively) were more than double that of acute care hospital staff (24%, p < 0.001).
CONCLUSIONS: These data confirm the strong impact of COVID-19 on health professionals. The higher positivity rates among symptomatic professionals working outside the hospital compared to those working in hospital may be explained in part by a shortage of protective equipment and by difficulties in accessing virological diagnosis, which were greater outside the hospital when the epidemic began.
Copyright © 2020. Published by Elsevier Masson SAS.

Entities:  

Keywords:  COVID-19; Clinical symptoms; Healthcare workers; Personnels de santé; RT-PCR screening; SARS-CoV-2; Symptômes cliniques; Test RT-PCR

Mesh:

Year:  2020        PMID: 32680715      PMCID: PMC7342041          DOI: 10.1016/j.revmed.2020.06.017

Source DB:  PubMed          Journal:  Rev Med Interne        ISSN: 0248-8663            Impact factor:   0.728


Introduction

Une épidémie de pneumopathies causée par un nouveau coronavirus d'origine vraisemblablement zoonotique, SARS-CoV-2, a émergé en Chine, dans la ville de Wuhan, en décembre 2019 [1]. La propagation rapide de cette nouvelle infection respiratoire, dénommée COVID-19 (pour Coronavirus Disease 2019), a conduit l'OMS à la qualifier de pandémie en date du 11 mars 2020. Dès la mi-mars 2020, on notait en France une circulation large du virus sur l'ensemble du territoire, un afflux de patients dans les structures hospitalières notamment dans le Nord, l'Est et en Île-de-France, et un dispositif national de confinement a été mis en place. La transmission de cette infection est élevée (taux de reproduction de base de la maladie (Ro) estimé entre 2,2 et 5,7 avant la période de confinement) [1], [2], [3] et se fait essentiellement par inhalation de gouttelettes infectieuses émises lors de la parole, d'éternuements ou de toux à l'occasion de contacts rapprochés. Un temps prolongé passé avec un malade est un facteur de risque de transmission de l'infection [4], [5]. La transmission par contact avec les muqueuses via les mains souillées est également possible [6]. D'autres modes de transmission, notamment aérienne et oro-fécale ont également été évoqués (6). La protection du personnel soignant est donc un élément primordial à intégrer dans la prise en charge des patients afin d'éviter la transmission au personnel soignant, même si l'épidémiologie des cas chez le personnel soignant reste peu connu [7]. Certains pays (Chine, Italie, Espagne, États-Unis) rapportent une proportion de soignants parmi le nombre de cas total dans les pays [8], [9], [10], [11] mais aucune donnée ne permet d'apprécier la proportion de soignants infectés ni globalement, ni par secteurs de soins (établissements de santé, secteurs de soins libéraux, établissements médico-sociaux). Aucune donnée précise ne permet non plus de déterminer les circonstances de contamination. Il est la plupart du temps difficile d'établir avec certitude la source de contamination d'un personnel. Les modes de contamination des soignants peuvent être communautaires, entre soignants en milieu de soins ou lors des soins réalisés à un patient COVID + [9], [12], [13], [14]. Pour autant, sans préjuger de l'origine de la contamination, dans ce contexte épidémique, des soignants ont rapidement eu des symptômes évocateurs de la maladie justifiant une évaluation clinique et biologique, tant au plan individuel que pour prévenir la transmission soignant-soigné et/ou la transmission entre collègues. Aussi, une consultation « COVID-19 Soignants » dédiée aux personnels de l'hôpital Ambroise Paré a été mise en place dès le début de l'épidémie. Nous rapportons ici les caractéristiques cliniques, épidémiologiques et microbiologiques des soignants symptomatiques ayant consulté pour suspicion de COVID-19 lors de l'épidémie qui a débuté en mars 2020 en Île-de-France. L'objectif principal de l'étude était de décrire les caractéristiques cliniques et épidémiologiques des soignants symptomatiques vus en consultation pour suspicion de COVID-19 ayant conduit à la réalisation d'un prélèvement nasopharyngé à visée diagnostique. Les objectifs secondaires étaient de : Comparer les populations de soignants ayant eu un résultat de RT-PCR SARS-CoV-2 positive à celles ayant eu un résultat négatif. Comparer les populations de soignants exerçant dans différents secteurs de santé (intra et extrahospitaliers). Évaluer la capacité du médecin consultant à prédire, sur des arguments cliniques, le résultat de la RT-PCR.

Méthodes

Sous la responsabilité d'un médecin interniste, une consultation « COVID-19 soignants » dédiée aux personnels de l'hôpital Ambroise Paré a été mise en place en urgence le 05 mars 2020. Cette consultation a été ouverte à partir du 16 mars 2020 aux soignants de ville suspects de COVID-19 et exerçant sur le territoire géographique de l'hôpital, dénommés population « extérieure ». La consultation avait lieu sur rendez-vous. Un rendez-vous était donné par téléphone pour le jour même, ou pour le lendemain de l'appel. Les personnes étaient reçues par un médecin après un accueil administratif. Dans les mêmes locaux, une pièce était aménagée afin de pouvoir y réaliser un prélèvement nasopharyngé adressé au laboratoire de virologie pour RT-PCR SARS-CoV-2. Seules les personnes symptomatiques étaient prélevées. La consultation médicale était assurée par un pool de médecins cliniciens volontaires de l'hôpital, les prélèvements nasopharyngés étaient réalisés par des infirmières formées à la technique et/ou par des médecins biologistes. Les échantillons pour la réalisation du test RT-PCR (un prélèvement par soignant) ont été obtenus par procédure de prélèvement nasopharyngé, à l'aide d'un écouvillon déchargé dans un milieu de transport viral de type Virocult®. La RT-PCR était, réalisée à la suite immédiate de la consultation médicale. Les acides nucléiques totaux ont été extraits sur le MagnaPURE compact Roche puis retro-transcrits et amplifiés en utilisant le mix Ag Path-ID One-Step RT-PCR kit sur un 7900HT (Applied Biosystem), selon les recommandations du CNR Institut Pasteur. La qualité des prélèvements nasopharyngés et donc leur validité était appréciée par la détection d'albumine dans l'échantillon. Les données socio-démographiques (âge, sexe, profession, lieu d'exercice) et cliniques (date de début des signes, description des signes cliniques, examen clinique) ont été recueillies à l'aide d'un formulaire standardisé, lors de la consultation. Un numéro de téléphone et une adresse e-mail étaient demandés aux professionnels pour assurer le rendu de résultats et l'envoi d'un arrêt de travail le cas échéant. Le résultat de la RT-PCR était transmis au patient par le médecin responsable de la consultation, par téléphone le jour même ou le lendemain matin. Un résultat écrit était transmis ultérieurement. En cas de résultat positif, des explications complémentaires sur la maladie étaient données par téléphone et un arrêt de travail était transmis au patient par mail. L'inclusion dans « COVIDOM » était systématiquement proposée aux soignants testés positifs. COVIDOM est une application e-santé qui permet aux patients ayant un COVID-19 sans signes de gravité de bénéficier d'un suivi quotidien « à distance » réalisé à l'aide d'un questionnaire, envoyé une à deux fois par jour par SMS ou par mail au patient, en complément de mesures de confinement. Ont été inclus dans une étude observationnelle rétrospective de cohorte tous les personnels de santé ayant eu recours, entre le 5 mars et le 17 avril 2020 à la consultation « COVID-19 soignants » et ayant bénéficié d'un prélèvement à visée diagnostique de la COVID-19, ayant donné leur non-opposition au recueil des données. Le choix de cette date a été dicté par le projet d'analyser les 500 premiers patients, à une période où on ne savait pas quelle serait la tendance évolutive de l'épidémie. Le seul critère de non-inclusion était l'opposition du soignant au recueil et à l'analyse de ses données (selon l'avis du Comité d'Éthique de Recherche en Maladies Infectieuses et Tropicales N° CER-MIT : 2020–0501 COVID).

Analyse statistique

Les variables quantitatives étaient présentées sous forme de moyenne, médiane, écart-type, et intervalle interquartile. Les variables catégorielles étaient décrites à partir des fréquences et effectifs des différentes modalités. Une analyse univariée était réalisée par test t de Student pour les variables quantitatives, ou test χ2 de Pearson pour les variables catégorielles. Une p-value ≤ 0,05 était considérée comme significative.

Résultats

Du 05 mars au 17 avril 2020, 522 patients/soignants ont été reçus en consultation : 308 personnels de l'Hôpital Ambroise Paré et 214 soignants « extérieurs ». L'évolution du nombre de consultants par semaine est donnée dans la Fig. 1  : on notait un pic de fréquentation entre le 18 et le 31 mars 2020. Le sex ratio (Hommes/femmes) des soignants était de 0,4, l'âge médian de 39 ans [31-51]. Les soignants étaient domiciliés dans le département des Hauts-de-Seine dans 43 % des cas (226/522). Seuls ont été inclus dans l'analyse les professionnels pour lesquels le résultat du test RT-PCR était valide soit 519 personnes. La Fig. 2 indique l'activité COVID-19 réalisée à l'Hôpital Ambroise Paré pendant la même période. La profession des consultants est précisée dans le Tableau 1 . Il s'agissait principalement de médecins, seniors ou en formation (n = 138/519 soit 27 %), d'infirmiers et cadres de santé (n = 107/519 soit 21 %) et d'aides-soignants (n = 90/519 soit 17 %). Le taux de positivité de la RT-PCR était globalement de 38 % (195/519), sans différence significative selon la profession. Le lieu d'exercice des agents et les taux respectifs de positivité de la RT-PCR sont donnés dans le Tableau 2 . Le taux de positivité de la RT-PCR réalisée chez les soignants symptomatiques extérieurs à l'hôpital (47 %) était supérieur à celui constaté chez les soignants symptomatiques exerçant dans l'hôpital (31 %, p < 0,001). Les personnels de l'hôpital Ambroise Paré exerçant en secteurs de soins (services d'hospitalisation ou consultation) représentaient 70 % des cas testés (215/308) et 54 % (51/94) des personnels de l'hôpital ayant une RT-PCR positive. Le taux de positivité de la RT-PCR (24 %) des soignants symptomatiques exerçant en secteurs de soins était significativement inférieur à celui des personnels exerçant en laboratoire et en plateau technique (54 et 45 % respectivement). Chez les soignants symptomatiques affectés en secteurs de soins, il n'y avait pas de différence de taux de positivité des RT-PCR selon les secteurs dans lesquels ils travaillaient : 30% (20/65) chez les soignants en unité COVID spécialisée et 23 % (38/161) chez les soignants des autres secteurs de soins (p = 0,31). Chez les 214 personnes extérieures à l'hôpital, 71 travaillaient en EPHAD, parmi lesquelles la RT-PCR était positive dans 53 % des cas (38/71), alors que ce taux était de 24 % chez les personnels des secteurs de soins intrahospitaliers (p < 0,001).
Fig. 1

Évolution du nombre de soignants dépistés et positifs, travaillant à l'Hôpital Ambroise Paré (APR) et hors Ambroise Paré (externe) dans la période du 5 mars au 17 avril 2020.

Fig. 2

Activité COVID-19 à l'hôpital Ambroise paré.

Tableau 1

Répartition des RT-PCR positives en fonction de la profession des personnels.

nRT-PCR positif (%)
Médecin sénior10131 (31)
Médecin étudiants (externe / interne)379 (24)
Cadre de soins157 (47)
IDE/IAO/IBODE9229 (32)
Aide-soignant9043 (48)



Secrétaire / administratif283 (11)
Autre2410 (43)
Non connu238 (35)
Manipulateur radio178 (47)
Technicien laboratoire168 (50)



Dentistes / chirurgien-dentiste138 (61)
Agent hospitalier137 (54)
Biologiste96
SAMU/ambulancier63
Educateur spécialisé62
Pharmacien52
Rééducation52
Aux de puériculture51
Auxiliaire de vie44
Brancardier41
Sage-femme31
Préparateur en pharma31
Total519195 (38)
Tableau 2

Répartition des cas de RT-PCR positive selon le lieu d'exercice des personnels.

nRT-PCR positive (%)
Hôpital Ambroise Paré30894 (31)
Secteurs de Soins21551 (24)
Administratif41(25)
Laboratoire3519 (54)P < 0,001
Plateau technique4721(45)P = 0,006
Service technique72(28)
Extérieur214101 (47)P < 0,001
Total522195 (38)
Évolution du nombre de soignants dépistés et positifs, travaillant à l'Hôpital Ambroise Paré (APR) et hors Ambroise Paré (externe) dans la période du 5 mars au 17 avril 2020. Activité COVID-19 à l'hôpital Ambroise paré. Répartition des RT-PCR positives en fonction de la profession des personnels. Répartition des cas de RT-PCR positive selon le lieu d'exercice des personnels. De même pour les 32 soignants libéraux (14 % des personnels extérieurs venus pour un dépistage), regroupant 15 médecins, 13 dentistes, 2 kinésithérapeutes, 2 infirmières et 1 maïeuticien, le taux de positivité de la RT-PCR était de 55 % (18/32), significativement supérieur à celui du personnel soignant hospitalier (p < 0,001). Les signes cliniques constatés sont décrits dans le Tableau 3 . Le délai entre le début des signes et la consultation et donc le prélèvement nasopharyngé pour RT-PCR était de 4,9 jours en moyenne. Le délai entre le début des signes et la consultation était plus long dans la population ayant une RT-PCR + (5,3 jours vs 4.5, p = 0,02). La toux était présente dans 54 % des cas (281/519), des myalgies dans 43 % (221/519), des céphalées dans 40 % (209/519) et la fièvre dans 39 % (204/519) des cas. Les diarrhées, présentes dans 16 % des cas, étaient plus fréquentes chez les patients pour lesquels la RT-PCR était négative (p = 0,01). L'agueusie et/ou anosmie, présentes dans 17 % des cas, étaient plus fréquentes chez les personnes ayant une RT-PCR positive (p < 0,001, sensibilité 38 %, spécificité 96 %, valeur prédictive positive 86 %, valeur prédictive négative 72 %). L'oxymétrie de pouls était normale dans tous les cas. Les caractéristiques des populations de soignants exerçant à l'hôpital étaient similaires à celles des soignants extérieurs, à l'exception d'une durée des symptômes avant la consultation plus long (5,7 jours versus 4,5 jours, p = 0,02) et d'une fréquence plus élevée d'agueusie/anosmie (25 % vs 11 %, p < 0,001) dans la population des soignants extérieurs.
Tableau 3

Symptômes déclarés lors de la consultation de dépistage.

Total N = 519 (%)RT-PCR positives N = 195 (%)RT-PCR négatives N = 324 (%)P-value
Fièvre204 (39)85 (44)119 (37)Ns
Frissons59 (11)22 (11)37 (11)Ns
Dyspnée83 (19)21 (11)62 (19)Ns
Toux281 (54)114 (58)167 (51)Ns
Sensation d'oppression thoracique32 (6)9 (5)23 (7)Ns
Myalgies / courbatures221 (42)89 (46)132 (41)Ns
Céphalées209 (40)77 (40)132 (41)Ns
Rhinite15 (30)52 (27)101 (31)Ns
Maux de gorge86 (17)23 (12)63 (19)Ns
Conjonctivite14 (3)5 (3)9 (3)Ns
Agueusie / anosmie87 (17)75 (38)12 (4)p < 0,001
Nausées41 (8)8 (4)33 (10)Ns
Diarrhées86 (16)22 (11)64 (20)p = 0,01
Asthénie126 (24)55 (28)71 (22)Ns
Symptômes déclarés lors de la consultation de dépistage. Deux personnes ont été hospitalisées dans les jours suivant la consultation, aucune en secteur de réanimation. L'inscription dans la plateforme de suivi COVIDOM a pu être effective dans 89 % des cas positifs (174/ 195). Pour 181 patients, le médecin consultant avait donné un avis, en fin de consultation, sur la probabilité que la RT-PCR du patient soit positive ou négative (suspicion forte ou suspicion faible) : la sensibilité de l'appréciation clinique était de 69 %, la spécificité de 53 % ; la valeur prédictive positive était de 48 % et la valeur prédictive négative de 72 % (Tableau 4 ).
Tableau 4

Valeur prédictive de l'avis donné par le médecin consultant, en fin de la consultation, sur la probabilité que la RT-PCR du patient soit positive ou négative (suspicion forte ou suspicion faible).

RT-PCR +RT-PCR -
Suspicion forte +4852
Suspicion faible -2258
70110
Valeur prédictive de l'avis donné par le médecin consultant, en fin de la consultation, sur la probabilité que la RT-PCR du patient soit positive ou négative (suspicion forte ou suspicion faible).

Discussion

La vitesse d'installation de l'épidémie en Île-de-France et le nombre de patients COVID + hospitalisés ont fait que très vite, les enquêtes autour d'un cas de COVID-19 de découverte fortuite en secteur d'hospitalisation n'avaient plus leur place. Des soignants ont été symptomatiques et justifiaient d'une consultation médicale avec prélèvement nasopharyngé en vue de la réalisation d'une RT-PCR à visée diagnostique. D'emblée les mesures de mise en isolement respiratoire des personnes hospitalisées pour COVID-19, ou en cas de suspicion, ont été diffusées et appliquées [15]. Le port du masque chirurgical systématique par tous les soignants, initié dès le 09 mars dans quelques secteurs d'hospitalisations, n'a été effectif dans tous les services de l'hôpital que vers le 17 mars. La mise en place de la consultation « COVID-19 soignants » a pu être réalisée grâce à l'implication de divers médecins, infirmiers, aides-soignants, secrétaires, membres de l'Equipe Opérationnelle d'Hygiène et des membres de la Direction. La fréquentation de la consultation « COVID-19 soignants » montre un pic entre le 16 et 31 mars 2020, et une évolution parallèle à la montée de la courbe épidémiologique de l'épidémie constatée en Île-de-France, que ce soit en nombre de cas hospitalisés ou en recours au SAU [16]. Les résultats ne peuvent prétendre répondre à une étude de prévalence de l'infection parmi le personnel soignant. Néanmoins ils montrent que globalement, les symptômes sont plus souvent rattachés à une COVID-19 (positivité de la RT-PCR) dans la population des soignants exerçant hors hôpital que pour les soignants de l'hôpital, en particulier chez les soignants exerçants « en ville » et les personnes travaillant en EHPAD. Cela peut être la conséquence d'une accessibilité moindre à la consultation, comme en témoigne le délai de consultation plus long dans cette population. Les difficultés d'accès aux matériels de protection et donc un défaut des mesures barrières peuvent également en être une autre explication. En revanche le fait que la RT-PCR soit positive dans la même proportion chez les soignants symptomatiques des secteurs COVID + et ceux des autres secteurs soignants intra hospitaliers est plutôt rassurant quant à l'efficacité de l'utilisation des mesures barrières préconisées. De même, une étude sérologique réalisée en Belgique chez le personnel soignant d'un hôpital retrouvait que le fait de n'avoir jamais travaillé dans un secteur de prise en charge des patients ayant une COVID 19 était un facteur de risque d'avoir une sérologie positive [7]. Le fort taux de positivité de la RT-PCR réalisée chez le personnel symptomatique dans les services supports (radiologie) et les laboratoires (biochimie et microbiologie) peut être en partie expliqué par la survenue de deux petits clusters, en début d'épidémie, reflétant probablement une contamination entre collègues et ce avant même la mise en place des mesures barrières systématiques pour tous les soignants dans tous les services y compris en l'absence de soins directs aux patients. Cela est surtout vrai pour les personnels de laboratoires. Pour le personnel du service de radiologie, on ne peut cependant exclure une contamination des personnels par un voire plusieurs patients COVID-19 méconnus, en début d'épidémie, et pris en charge sans mesure barrières. En effet, la durée moyenne d'incubation de la maladie COVID-19 est de 4 jours et peut aller jusqu'à 14 jours ; pendant cette phase, le virus se multiplie fortement dans l'organisme et le sujet atteint ne présente pas de symptômes [1], [17]. La charge virale dans les voies aériennes supérieures apparaît maximale au début de la symptomatologie [18]. Dans notre étude, les soignants concernés avaient des formes bénignes de la maladie, suivies en ambulatoire et pour lesquelles les signes cliniques rapportés étaient similaires à ceux rapportés dans la littérature [19], [20], [21], [22]. Les signes cliniques (fièvre, toux, myalgies, etc.) n'étaient pas spécifiques de la COVID-19 et étaient présents dans la même proportion chez les soignants ayant eu une RT-PCR négative. Dans notre expérience, seule l'agueusie/ anosmie a une spécificité dans l'infection COVID-19, comme cela a précédemment été rapporté [21], [23], [24]. Ces anomalies, classiquement tardives dans l'évolution de la maladie étaient d'ailleurs plus fréquentes chez les soignants extérieurs, dont on avait vu qu'ils venaient plus tardivement consulter. La RT-PCR nasopharyngée ayant une sensibilité limitée à environ 70 % [25], [26], il y a certainement une sous-estimation des cas de COVID-19 parmi les membres du personnel symptomatiques venus consulter. Ce manque de sensibilité explique peut-être également en partie le manque de sensibilité de l'appréciation clinique du médecin dans notre expérience. Pour autant qu'elles aient une sensibilité suffisante, la réalisation de sérologies COVID chez les soignants symptomatiques venus consulter et ayant une RT-PCR négative serait intéressante pour redresser un certain nombre de diagnostics. Une autre limite a été l'absence de détection des autres virus respiratoires par RT-PCR multiplex, due au manque de disponibilité du laboratoire de virologie. Également, les données concernant la vaccination grippe n'ont pas été recueillies de façon systématique. Les professionnels de santé sont une population particulièrement exposée. Selon l'OMS, une personne sur treize infectées par le SARS-CoV-2 fait partie des professions de santé. En Chine, 3387 des 77,262 patients COVID-19, soit 4,4 % des cas, étaient des professionnels de santé et autres personnels de santé ; 23 d'entre eux sont décédés [8]. En Espagne, le personnel soignant représenterait 20 % des cas de COVID-19 selon le Ministère de la Santé [9]. En Italie, 10,6 % des cas de contamination par le SARS-CoV-2 (17,306/162004) étaient des professionnels de santé et le taux atteignait 20 % en Lombardie, en avril 2020 [10]. En Angleterre, le National Health Service a initié le 10 mars 2020 le dépistage systématique des personnels soignants symptomatiques ; entre le 10 et le 31 mars, sur les 1666 tests RT-PCR effectués, 14 % étaient positifs [27]. En France, du 1er mars au 23 avril 2020, 31,907 signalements de cas parmi le personnel des établissements médico-sociaux, dont 13,645 confirmés et 18,262 possibles, sont parvenus à Santé publique France [28]. Selon l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP), au 20 avril, 4275 professionnels ont été infectés par le COVID-19 soit 6 % des professionnels de santé, avec une décroissance des déclarations depuis fin mars [29]. Il est également fait état de près de 30 décès (médecins généralistes, urgentistes, infirmiers, aides-soignants, agents hospitaliers, cadres de santé). La règle d'une reconnaissance comme maladie professionnelle pour tous les soignants victimes du COVID-19 devrait être appliquée [30]. Les surveillances qui se mettent en place doivent permettre de disposer d'indicateurs de suivi de l'impact de l'épidémie sur les soignants et fournir des données consolidées. Une surveillance conduite par Santé publique France a pour objet de documenter le nombre de personnels de santé contaminés par le COVID-19 dans les établissements de santé et de produire des indicateurs en proportion des effectifs [31]. Une enquête qualitative menée par le Groupe d'études sur les risques d'exposition des soignants (GERES) auprès de tous les soignants contaminés, quels que soient leur fonction ou leur mode d'exercice, est mise en ligne sur son site pour préciser les circonstances des contaminations et les facteurs de risque [32].

Conclusion

Les données issues de cette consultation montrent que les symptômes d'infections respiratoires aiguës des soignants pendant l'épidémie de COVID-19, étaient imputables à une COVID 19 dans 38 % des cas, plus souvent dans la population de soignants extérieure à l'hôpital et en cas d'agueusie/anosmie. Il n'est pas possible de déterminer ici ni la prévalence, ni les circonstances de contamination. Cependant la mise en œuvre des mesures barrières universelles à l'hôpital pourrait rendre compte de l'absence de sur-risque d'avoir des signes en lien avec la COVID-19, dans les secteurs de soins spécifiques COVID comme dans les autres secteurs de soins à l'hôpital. De même, l'absence de mesures barrières systématiques pourrait être une des raisons du nombre plus élevé de personnes ayant des symptômes en lien avec la COVID-19 en secteurs de ville et en EHPAD. Les enquêtes françaises en cours devraient permettre d'apprécier et le nombre et une proportion de soignants concernés (Santé publique France) ainsi que les circonstances de contamination (GERES).

Déclaration de liens d’intérêts

Aucun.

Remerciements

Dr. Iman Aouidad, Dr. Astrid Blom, Dr. Pauline Bonnet, Dr. Sebastien Beaune, Dr. Felicie Costantino, Lise Charmet Delaoutre, Josephine Courjol, Pr Pascal Crenn, Dr. Marine Delaroche, Dr. Elisa Funck Brentano, Catherine Jehanno, Dr. Clemence Gallon, Sabrina Gasson, Pr Elyanne Gault, Dr. Lara Gonzalez, Dr. Christine Longvert, Dr. Anne sophie Lot, Caroline Meuro, Dr. Sandrine Ngo, Dr. Ilaria Padovano, Dr. Marianne Rameix, Dr. Anissa Roger, Dr. Francois Vidal, Dr. Valérie Sivadon-Tardy, Amelie Zérelli.
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1.  Frequency and Clinical Utility of Olfactory Dysfunction in COVID-19: a Systematic Review and Meta-analysis.

Authors:  Khang Wen Pang; Jeremy Chee; Somasundaram Subramaniam; Chew Lip Ng
Journal:  Curr Allergy Asthma Rep       Date:  2020-10-13       Impact factor: 4.806

2.  Contribution of COVID Antigenic RDT to the Management Strategy of COVID-19 Pandemic in a Senegalese Company.

Authors:  Asséga Sylvain Sagna; Aïssatou Goundo Seydi; Modou Mbacké Gueye; Mame Thioro Aïssatou Fall; Jean Michel Mansuy
Journal:  J Occup Environ Med       Date:  2022-01-25       Impact factor: 2.306

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