M Pocard1,2. 1. UMR 1275 CAP Paris-Tech, université de Paris, 75010 Paris, France. 2. Service de chirurgie digestive et cancérologique, hôpital Lariboisière, 2, rue Ambroise-Paré, 75010 Paris, France.
Toutes les spécialités chirurgicales voient leur exercice modifié, déstructuré par la pandémie du Syndrome respiratoire aigu (SARS-CoV-2). De très nombreuses sociétés savantes ont publié des recommandations et conseils pour la chirurgie à l’heure du COVID-19 [1], [2].Tous, quels que soient nos modes et nos lieux d’exercice, recherchons un équilibre entre les possibles et les dangers. Bien sûr, selon nos situations respectives, ces équilibres seront perçus différemment. Ainsi va la chirurgie des cancers. Et cette perception sera évolutive dans le temps en fonction de la progression et des phases de la pandémie.Oui, il serait souhaitable de continuer à opérer des cancers, même en restreignant peut-être certaines indications. Oui, mais à quel prix et face à quels dangers ?Est-il raisonnable qu’un cancer du côlon localisé puisse attendre quelques semaines une chirurgie, oui – quelques mois ? euh ; trois ou quatre mois, non. Où cette pandémie risque-t-elle de nous conduire ?Pour certain, le risque peropératoire global est augmenté et mal contrôlé en période de pandémie et donc il faut reporter un patient affecté d’un cancer colique limité, non symptomatique, car il faut le guérir et ce surrisque ne semble pas acceptable. C’est ce qui est expliqué pour partie dans l’article de JJ Tuech et al. que nous publions [3]. Ce risque peropératoire, lié au COVID-19, a initialement été rapporté sur une seule publication chinoise faisant état de 4 cas, ce qui était bien léger. Mais une seconde publication, elle, est bien plus inquiétante avec, pour une trentaine de patients, 44 % d’hospitalisation en soins intensifs et une mortalité globale de 20 % [4]. Alors, vous lirez sûrement avec intérêt les cas rapportés par deux équipes de chirurgie parisiennes d’infection nosocomiale par COVID-19et le devenir de ces patients à très court terme [5]. Le risque n’est pas nul, c’est certain.Pas pour certains qui ne valident pas cette notion de surrisque et anticipent, à juste titre, un afflux massif aux blocs dans quelques semaines. Fort de cette analyse, ces collègues pensent qu’il faut donc continuer quand même à opérer les patients ayant un cancer, si cela est possible. Opérer coûte que coûte, en essayant d’être inventif, et c’est ce point de vue que défend un de nos collègues qui travaille dans une zone très touchée par l’infection [6].Comment gérer au mieux des risques que nous identifions si mal ? Car oui, les risques sont multiples. Ainsi, si en France, demain une Agence régionale de santé (ARS) impose à un groupe de chirurgiens de se déplacer pour pratiquer la chirurgie des cancers sur un centre COVID-19 négatif, faut-il y voir un élément de progrès et enfin une organisation qui transcende nos clivages publics/privés ? Un effet positif de cette crise ? Sauf si la chirurgie du cancer est faite dans un centre de niveau 1 qui n’a pas l’habilitation (par cette même ARS) à opérer les cancers. Or, la chirurgie du cancer doit répondre à des critères de qualité, et ces critères ne sont pas exclusivement liés au chirurgien. Si les critères de qualité de la réanimation et de l’anatomopathologie ne sont pas remplis par une trop faible activité antérieure – où allons-nous ? Nous allons ainsi délivrer des traitements anticancéreux incertains, à des patients, pour remplir des cases d’un tableur Excel. Nous allons risquer aussi, dans l’après COVID-19, de ne plus pouvoir dire à ces centres de niveau 1 qu’ils ne doivent pas opérer les cancers. Des patients mal soignés et des années de travail d’organisation sanitaire de perdues.Alors, il faut donc réfléchir et gérer déjà, l’après crise et vous lirez avec intérêt les réflexions et recommandations de la SFCE [7]. Oui, il faut anticiper et prévoir ce qui aurait pu être prévu.Il reste encore à affronter la pandémie, les blocs moribonds, les collègues anesthésistes, déjà dans certaines régions, épuisés et à tenir pour les urgences. Oui ces urgences, grandes oubliées des organisations, où ne comptent que le nombre de lits, de nouveaux lits, de lits libres et de réanimation COVID-19. Ces urgences qui se sont modifiées, ont diminué en nombre et progressé en gravité ; peut-être parce que les malades ont peur de se rendre à l’Hôpital ? Ceci induisant des situations complexes avec les urgences et exposées dans deux textes de ce numéro spécial [8], [9]. Les symptômes cliniques de l’infection par COVID-19 peuvent également être à localisation digestive prédominante ou bruyante, comme la mini-revue vous l’exposera [10].Soyons vigilants en cas d’appendicite, vigilants pour le diagnostic et faites une tomodensitométrie y compris du poumon, un cas est présenté dans ce numéro [11] (Fig. 1
). Mais aussi, revenez, si vous maîtrisez cette technique, à la voie d’abord directe par Mac Burney car il existe un risque entre aérosolisation du virus et nos gaz de cœlioscopie (une mini revue vous exposera cela) [12]. Enfin, si vous n’avez plus aucun accès au bloc opératoire, il vous reste, à vous chirurgien et non à un médecin, à mettre en place un traitement médical de cette appendicite comme cela vous est exposé dans une mise au point [13]. Mais tenez bon ! Gardez un bloc pour les urgences, malgré les demandes fortes des ARS où les injonctions sont d’une force inouïe à la vue du nombre de morts et malgré la tentation d’ouvrir encore un lit de plus par nos anesthésistes réanimateurs entraînés dans l’avalanche des cas et les choix de moins en moins planifiés. Tenez bon, car c’est sans doute là, en urgence, encore, que nos compétences de chirurgiens seront les plus utiles dans cette tourmente effroyable et que nous pourrons sauver des vies, car la péritonite tue elle aussi, avec ou sans virus.
Figure 1
Vigilance.
Vigilance.
Déclaration de liens d’intérêts
L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
Authors: G Baud; L Brunaud; J-C Lifante; C Tresallet; F Sebag; J-P Bizard; M Mathonnet; F Menegaux; R Caiazzo; E Mirallié; F Pattou Journal: J Visc Surg Date: 2020-04-30 Impact factor: 2.043
Authors: J-J Tuech; A Gangloff; F Di Fiore; P Michel; C Brigand; K Slim; M Pocard; L Schwarz Journal: J Visc Surg Date: 2020-03-31 Impact factor: 2.043