L'onchocercose (cécité des rivières) est causée par Onchocerca volvulus, transmis à l'homme par la piqûre des mouches noires du genre Simulium, et se caractérise par une maladie chronique de la peau, des démangeaisons sévères, et des lésions oculaires, pouvant évoluer vers la cécité complète. Actuellement, parmi les quelque 123 millions de personnes à risque d'infection dans 38 pays d'endémie, au moins 25,7 millions sont infectés, et 1 million sont aveuglés ou ont une déficience visuelle grave [1]. L'onchocercose provoque des désastres socio-économiques et le Nigeria est le pays le plus endémique dans le monde [2]. Une estimation de 600.000 personnes dans le monde sont aveugles à cause de la maladie et environ 1,5 millions de personnes sont gravement déficients visuels [3]. Le dernier Comité OMS d'experts surl'onchocercose estime que, en 1995, près de 17,7 millions de personnes ont été infectées, environ 270 000 d'entre eux étaient aveugles et 500 000 gravement déficients visuels [4]. La cécité des rivières ou onchocercose provoque une charge de morbidité considérable en Afrique, principalement à travers la peau et les maladies des yeux [5].D'après APOC, la RDC est un foyer mondial de la pathologie et environ 13 millions de personnes sont affectées et 26 millions s'y trouvent exposées. Celles qui sont réellement atteintes de la cécité, donc aveugles sont estimées 70 mille. On signale que la RDC a observé le taux de piqûre le plus élevé de moucherons noirs au monde, soit 13 mille piqûres/par jour sur le site d'Inga, dans le Bas-Congo [6]. Et la coordination PNLO Katanga Sud comptait en 2012, 548428 personnes à risque [7]. Toutefois, avant de proposer des mesures correctrices, il est de l'obligation des chercheurs, surtout des coordinations de programme de lutte contre l'onchocercose, d'organiser des enquêtes Connaissance, Attitudes et Pratiques pour déterminer la prise de conscience; les attitudes et le comportement de la communauté face à l'onchocercose et au traitement à l'ivermectine sous directives communautaires.
Méthodes
Nos recherches se sont effectuées dans l'aire de santé SAMBWA de la zone de santé de KAFUBU. Cette ZS est l'une des 8 ZS que compte le District sanitaire du Haut Katanga. Elle est rurale et nous avions retenu le ménage comme unité d'observation. Nous avons considéré 50% comme prévalence de l'onchocercose dans notre province car depuis le lancement du TIDC, le programme n’étudie plus la prévalence de l'onchocercose. La formule [8] suivante était utilisée pour calculer la taille de notre échantillon:n= taille d’échantillon requise; zα = niveau de confiance à 95% (pour α = 5%, la valeur de z0, 05= 1,96); p = pourcentage d'utilisation dans la population; i = la précision désirée à 5%La taille sera estimée par la formule:N= (Z2.p.q)/d2Z = 1,96 au seuil de 5%p= par le fait que la prévalence de l'onchocercose n'est pas connu dans notre milieu, nous prenons 50%q = 100% - p = 50%; d = précision = 5%N=((1.96)2 X50X50)/52= 9604/25 = 384Pour éviter les non répondant au cours de notre étude, nous avons pensé prendre 10% de l’échantillon calculé pour éviter un biais d’échantillonnage. 10% de 384= 38. D'où notre échantillon sera de 384+ 38= 422 ménages.Le dénombrement des ménages nous a donné pour l'ensemble de l'aire de santé 1398 ménages et pour obtenir notre échantillon, nous avons procédé de la manière suivante: nous avons d'abord subdivisé l'aire de santé en 14 strates correspondant aux 14 villages de l'aire de santé SAMBWA de la zone de santé de KAFUBU. Suite à notre pas de sondage (1398/422), nous avons tiré un chiffre au hasard à l'aide de la table de nombres aléatoires entre 1 et 3 et nous avons procédé au tirage systématique de tous les ménages [9]. Les paramètres étudiés sont: âge, niveau d'instruction, connaissance de la maladie en langue locale et des signes, attitudes devant les personnes atteintes, perception de la maladie, utilisation des pratiques traditionnelles, association entre le niveau d'instruction et la connaissance de savoir si l'on peut suivre un traitement. Les données collectées étaient encodées, saisies, traitées et analysées à l'aide du logiciel Epi info version 7 selon. Le logiciel Excel 2013 était utilisé dans la présentation des variables qualitatives et quantitatives sous forme des tableaux et des graphiques et L'association entre les caractères qualitatifs était mesurée par les tests de chi carré.
Résultats
La moyenne d’âge des répondants était de 38±14 ans avec un minimum de 15 ans et un maximum de 65 ans. L’étude montre que 67,54% (n = 285) des enquêtés étaient de niveau primaire. Concernant la connaissance du nom onchocercose en langue locale, l’étude a montré que 99,53% (n = 420) des répondants connaissaient le terme onchocercose en langue locale (UBUMFUKU) et seulement 0,47% ignorait le nom de la maladie en langue locale (Tableau 1). Une bonne connaissance des certains signes de l'onchocercose tels que la baisse de la vue (92,6%), la présence des nodules (95%) et les démangeaisons (94,3%) et niveau moyen de connaissance en ce qui concerne les lésions de la peau (66,9%) a été notée (Tableau 2). Une proportion de 98,1% des répondants amenait les personnes atteintes au CS et seulement 1,9% des répondants évitait le contact avec ces personnes car il y avait risque de contagion (Tableau 3). Seulement 42,2% des répondants percevaient l'onchocercose comme une maladie et les autres percevaient l'onchocercose comme un mauvais sort (30,3%) ou comme une malédiction de Dieu (27,5%) (Tableau 4). Parmi les répondants utilisant les pratiquent traditionnelles, une proportion de 55% qui prenaient les plantes comme médicament et les autres (45%) utilisaient les racines (Tableau 5). Par rapport au niveau d'instruction, il y a association significative entre le niveau d'instruction et la connaissance de suivre un traitement contre l'onchocercose (Tableau 6).
Tableau 1
Proportion des répondants selon la connaissance du nom onchocercose en langue locale
Connaissance du nom onchocercose en langue locale
Effectif
Pourcentage
OUI
420
99,53
NON
2
0,47
Total
422
100,0
Tableau 2
Répartition des répondants selon la connaissance des signes de l'onchocercose
Variables
effectifs
pourcentage
n-(422)
%
Baisse de la vue
Oui
391
92,6
Non
31
7,4
Lésions de la peau
Oui
282
66,9
Non
140
33,1
Nodules
Oui
401
95
Non
21
5
Démangeaisons
Oui
398
94,3
Non
24
5,7
Tableau 3
Répartition des répondants selon leur attitude envers les personnes atteintes ou porteurs de l'onchocercose
Attitudes devant les porteurs d'onchocercose
Effectif
Pourcentage
L'amener au CS
414
98,1
L’éviter car risque de contagion
8
1,9
Total
422
100,0
Tableau 4
Proportion des répondants selon leur perception de l'onchocercose
Perception de l'onchocercose
effectif
pourcentage
Une maladie comme toute autre
178
42,2
Un mauvais sort
128
30,3
Une malédiction de Dieu
116
27,5
Total
422
100
Tableau 5
Répartition des répondants selon les pratiques traditionnelles utilisées
Pratiques traditionnelles utilisées
Effectif
Pourcentage
les plantes
49
55
les racines
40
45
Total
89
100,0
Tableau 6
Association entre le niveau d'instruction et la connaissance de suivre un traitement contre l'onchocercose
Niveau d'instruction
Suivre un traitement contre l'onchocercose
Total
p
Oui
Non
Aucune
Effectif
28
2
30
0,008
instruction
%
6,6
0,5
7,1
Primaire
Effectif
283
2
285
%
67,1
0,5
67,6
Secondaire
Effectif
104
0
104
%
24,6
0
24,6
Supérieur
Effectif
2
1
3
%
0,5
0,2
0,7
Total
Effectif
417
5
422
%
98,8
1,2
100,0
Proportion des répondants selon la connaissance du nom onchocercose en langue localeRépartition des répondants selon la connaissance des signes de l'onchocercoseRépartition des répondants selon leur attitude envers les personnes atteintes ou porteurs de l'onchocercoseProportion des répondants selon leur perception de l'onchocercoseRépartition des répondants selon les pratiques traditionnelles utiliséesAssociation entre le niveau d'instruction et la connaissance de suivre un traitement contre l'onchocercose
Discussion
Nos constations à la figure II que la moyenne d’âge des répondants était de 38 ans, (extrême 15 et 65 ans) ceci diffère légèrement de l’étude de Talani qui avait trouvé une moyenne d’âge de 35 ans.(extrême 28 et 65 ans) [10]. Ce léger rapprochement des moyennes s'expliquerait par le fait les individus de cet âge sont souvent les plus actifs dans la société. Une grande proportion de nos répondants (67,5%) avait un niveau d’étude primaire. Ceci s’éloigne des résultats de Banzaoù 58,5% avait un niveau secondaire [11] et de Akilimali à Kinshasa où 55% avait un niveau universitaire [12]. Cet écart pourrait s'expliquer par le cadre d’étude d'Akilimali qui a mené son étude dans la commune de Lemba qui est réputée comme résidence des intellectuels depuis l’époque coloniale. Notre résultat se rapproche de celui de l'enquête menée à Madagascar où la grande majorité des répondants avaient un niveau primaire [13]. Ceci pouvant se justifier par le fait que les deux études ont été menées en milieu rural.Concernant la connaissance du nom onchocercose en langue locale, l’étude a montré que 99,5% des répondants connaissaient le terme onchocercose en langue locale qu'ils appellent UBUFUNKU; ce résultat se rapproche un peu de celui de Weldegebreal en Ethiopie où95, 9% des répondants connaissaient le terme onchocercose en langue locale (connu localement sous le nom de WARA) [14]. et de celui aussi d'Adeoye au Nigéria où l'onchocercose était bien connu par son nom local ANARUN parmi 91,6% des répondants [2]. Nous pouvons expliquer cette situation par le fait que la sensibilisation a fait connaitre à la communauté la maladie dans tous ses aspects et les individus ont trouvé facilement un nom à la pathologie. Le Tableau 2 révèle une bonne connaissance chez les répondants des certains signes de l'onchocercose tels que la baisse de la vue (92,6%), la présence des nodules (95%) et les démangeaisons (94,3%) et niveau moyen de connaissance en ce qui concerne les lésions de la peau (66,9%). Ces résultats diffèrent de ceux trouvés par Talani en 2004 qui montre une proportion de connaissance chez les répondants de 76,6% pour les démangeaisons considérées comme principal signe de la maladie [10]. et aussi ceux trouvés par Manafa en 2002 où la proportion de connaissance des signes de l'onchocercose chez les répondants était de 64,4% pour les démangeaisons chroniques, de 34% pour les nodules, de 1,4% pour une mauvaise vision et de 3,6% pour les lésions de la peau [15]. Les signes sont connus dans la majorité des répondants un peu partout et ceci peut s'expliquer par le fait des programmes nationaux s'impliquent pour que les communautés connaissent la pathologie.Concernant l'attitude envers les personnes atteintes, le résultat nous montre seulement 1,9% des répondants évitant le contact avec les personnes car il y avait risque de contagion; ce résultat s’éloigne de celui d'Adeoye qui nous montre 6,2% des répondants qui évitaient tout contact avec des personnes infectées. [2] Et notre résultat se rapproche de celui de Tchounkeu et al qui nous montre que 4,3% est la proportion des répondants qui évitaient les personnes atteintes [16]. 42,2% des répondants percevaient l'onchocercose comme une maladie et les autres percevaient l'onchocercose comme un mauvais sort (30,3%) ou comme une malédiction de Dieu (27,5%). Ce résultat s’éloigne de celui d'Adeoye en 1996 qui montre 74% des répondants aveugles croyaient que des forces externes qui échappaient à leur contrôle et avait causé la cécité due à l'onchocercose [17]. Et de celui aussi de Ndyomugyenyi en 2009 nous montrant une proportion de 71,9% des répondants qui croyaient que l'onchocercose était une maladie grave [18]. Une proportion élevée des répondants n'utilisait pas les pratiques traditionnelles pour traiter l'onchocercose (78,9%) et 29,9% des répondants étaient traités par des pratiques traditionnelles avec comme raisons avancées: par habitude pour 87,5% et par manque de confiance au mectizan pour 12,5%. Les résultats ci-dessous s'approchent de notre résultat en ce qui concerne l'utilisation des pratiques traditionnelles: Adeoye en 2010, nous montre par son enquête que 31% des enquêtés utilisaient des traitements traditionnels [2] et Talani en 2004 qui révèle par son étude que 23,4% utilisaient un traitement traditionne [10].Concernant les pratiques traditionnelles utilisées, une proportion de 55% prenait les plantes comme médicament et les autres (45%) utilisaient les racines. Ce qui s’éloignent des résultats d'Adeoye qui montre une proportion de 31% pour tous les répondants utilisant comme pratiques traditionnelles herbes et potions [2]. Notre étude a relevé une association significative entre le niveau d'instruction et la connaissance de suivre un traitement contre l'onchocercose (p: 0,015). Ceci rejoint les résultats de Tomen qui montre que le niveau d'instruction influence le comportement des populations (p-valeur = 0.017) [19].
Conclusion
Ces résultats interpellent en ce qui concerne la sensibilisation de la communauté surl'onchocercose et le traitement à l'ivermectine sous directives communautaires en milieu rural. Les stratégies de lutte contre l'onchocercose devraient prendre en compte ces différentes insuffisances de la communauté pour améliorer le traitement des masses par l'ivermectine tant au niveau du ménage que des coordinations de programme de lutte contre l'onchocercose.
Authors: Yolande Flore Longang Tchounkeu; Nkechi G Onyeneho; Samuel Wanji; Asaph Turinde Kabali; Célé Manianga; Uche V Amazigo; Mary Amuyunzu-Nyamongo Journal: Trans R Soc Trop Med Hyg Date: 2012-04-16 Impact factor: 2.184
Authors: Luc E Coffeng; Wilma A Stolk; Honorat G M Zouré; J Lennert Veerman; Koffi B Agblewonu; Michele E Murdoch; Mounkaila Noma; Grace Fobi; Jan Hendrik Richardus; Donald A P Bundy; Dik Habbema; Sake J de Vlas; Uche V Amazigo Journal: PLoS Negl Trop Dis Date: 2013-01-31