Costa Kazadi Mwadianvita1, Eric Kasamba Ilunga1, Jackson Djouma1, Cecile Watu Wembonyama1, Florence Mujing A Mutomb1, Michel Balaka Ekwalanga1, Joe Kabongo2, Henri Mundongo3, Kalombo Mupoya4, Stanis Wembonyama5, Prosper Kalenga Mwenze6, Albert Mwembo-Tambwe A Nkoy7. 1. Département de Sciences Biomédicales, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo. 2. Centre d'Excellence de Prise en Charge des Personnes vivant avec le VIH/SIDA, Lubumbashi, République Démocratique du Congo. 3. Département de Santé Publique, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo. 4. Département de Pédiatrie, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo. 5. Centre d'Excellence de Prise en Charge des Personnes vivant avec le VIH/SIDA, Lubumbashi, République Démocratique du Congo ; Département de Pédiatrie, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo. 6. Département de Sciences Biomédicales, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo ; Département de Gynécologie Obstétrique, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo. 7. Département de Santé Publique, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo ; Département de Gynécologie Obstétrique, Faculté de Médecine de l'Université de Lubumbashi, Lubumbashi, République Démocratique du Congo.
Abstract
Entities:
Keywords:
Congo Democratic Republic; Lubumbashi; anemia; children with HIV / AIDS
L'anémie demeure une des complications hématologiques la plus fréquente du VIH [1]. Sa prévalence est en nette progression soit 73-100% des cas d'anémie chez les enfants infectés par le VIH dans le monde en 2008 [2]. En Afrique, Calis et al. [3] ont rapporté en 2008 une prévalence de 53% au Malawi.En République Démocratique du Congo (RDC), une enquête menée en 2007 par EDS-RDC (Demographic and Health Survey) a montré que 71% d'enfants âgés de 6-59 mois présentaient une anémie [4]. A Lubumbashi (RDC), Ngwej et al. ont rapporté une prévalence de 75% en 2007 [5].Bon nombre de facteurs responsables de l'anémie chez les enfants VIH+ ont été déterminés et certaines stratégies d′intervention ont été proposées. Pourtant, force est de constater que l'anémie figure toujours parmi les principales causes de morbidité et de mortalité au monde ; en Afrique mais aussi en RDC où le nombre d'enfants vivant avec le VIH/SIDA n'est pas négligeable (33000 à 86000 en 2009) [6]. La question qui se pose est celle de savoir quelle est actuellement l'ampleur de l'anémie chez ces enfants âgés de moins de 15 ans à Lubumbashi.Ce travail avait pour objectif d’évaluer la prévalence et le typage de l'anémie chez les enfants séropositifs du VIH/SIDA à Lubumbashi.
Méthodes
Cadre et type de l’étude: Cette étude a été menée à Lubumbashi, en RD Congo, dans trois(3) centres de prise en charge des Personnes Vivant avec le VIH(PVV) notamment le Centre d'Excellence(CE) de l'hôpital Sendwe, le Centre Amo-Congo de la Kenya et l'hôpital général de Référence de la Kenya. Ces trois formations médicales assurent les consultations et la prise en charge des PVV sans exclusivité d’âge et de sexe. Il s′agit d′une étude descriptive transversale qui s′est déroulée sur une période de 12 mois (Mai 2010 à Mai 2011).Population d’étude: Elle est constituée de 152 enfants séropositifs au VIH, âgés de 6 à 180 mois repartis en âge scolaire (≥72 mois) et en âge préscolaire (< 72 mois), tous naïfs au traitement antirétroviral et dont le bilan biologique a été fait systématiquement. Les enfants ont été diagnostiqués et classés selon des catégories cliniques et immunologiques en fonction de critères de l′OMS [7]. La prise en charge en ambulatoire des enfants comprenait la surveillance clinique et biologique avant la mise sous traitement, et tous les enfants sont sous prophylaxie au cotrimoxazole.Recueil des données et analyses statistiques: Les variables suivantes ont été prélevés : l’âge, le sexe, le stade clinique de la maladie, les infections opportunistes (I.O), la notion d'une transfusion antérieure.Paramètres biologiques: Les analyses suivantes ont été effectuées sur le sang total à l'aide d'un automate Micro 60 du fabricant HORIBA ABX Diagnostic (2005) au laboratoire des cliniques Universitaires de Lubumbashi : Hémoglobine (Hg), Hématocrite (Hct), Globules Rouges, Réticulocytes, Volume Globulaire Moyen(VGM), Concentration Corpusculaire Moyenne en Hb (CCMH).Classification de l'anémie: L'anémie a été définie selon les critères de l'OMS par un taux d'hémoglobine inférieur à 11 g/dl. Elle est considérée comme sévère à un taux d'hémoglobine inférieur à 7,0 g/dl. Elle est modérée si ce taux se situe entre 7,0 g/dl et 9,9 g/dl. Et l'anémie est considérée comme légère si ce taux se situe entre 10 g/dl et 11g/ [8]. Une anémie microcytaire, normocytaire et macrocytaire ont été définies chez les enfants en âge préscolaire lorsque le volume globulaire moyen(VGM) est respectivement de < 73, 73-80, > 80 femto litres (fl.) et l'hypochromie lorsque la concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH) est <32% chez les enfants en âge préscolaire. La microcytose, la normocytose et la macrocytose ont été définies lorsque le VGM est respectivement de <80, 80-98,>98 chez les enfants en âge scolaire [9].Analyse des données: Les données ont été saisies et analysées à l'aide du logiciel SPSS 11.0, Epi Info version 3.5.1 et Excel 2007. Pour la comparaison de proportion, le Chi carré corrigé de Fisher était utilisé avec un seuil de signification de p < 0,05.
Résultats
Caractéristiques des enfants infectés par le VIH
La population étudiée était constituée de 152 enfants dont 52,6% (n=80) du sexe féminin et 47,2%(n=72) du sexe masculin. Le sex-ratio est de 0,9. L’âge moyen était de 68,32±3,6 mois dont 46,1% (n=70) en âge scolaire et 53,9 % (n=82) en âge préscolaire. En fonction du stade clinique, 24,3% d'enfants étaient au stade avancé de la maladie (stade III et IV selon l'OMS 2006).
Prévalence et caractéristiques de l'anémie chez les sujets infectés par le VIH
La prévalence globale de l'anémie était de 69,1% (n=105). La moyenne de l'hémoglobine était de 9,90g/dl (avec le minimum de 3,70g/dl et le maximum était de 16,20g/dl) et 16% des enfants anémiques ont été transfusés au moins une fois. La moyenne de l'hématocrite était de 29,03% (11,20-46,50). La moyenne des globules rouges était de 3.804.605,26/mm3 (1.550.000- 6.050.000). En fonction de la tranche d’âge, 23,38%(n=48) des enfants en âge scolaire étaient anémiques contre 32,09%(n=57) en âge préscolaire.Douze sujets (11,4%) présentaient une anémie sévère et 54,3% une anémie modérée (Tableau 1). S'agissant de la sévérité de l'anémie par rapport au stade clinique, elle était associée à l’évolution de l'infection à VIH (X2 =14,9 et p= 0,02) (Tableau 2).
Tableau 1
Répartition des patients selon la sévérité de l'anémie
Sévérité de l'anémie
Effectif (n)
Pourcentage (%)
Sévère
12
11,4
Modérée
57
54,3
Légère
36
34,3
L'analyse de ce tableau montre que 11,4% présentaient une anémie sévère et 88,6% une anémie modérée et légère
Tableau 2
La sévérité de l'anémie selon le stade clinique
Sévérité de l'anémie
Stade Clinique
1 n (%)
2 n (%)
3 n (%)
4n (%)
Anémie sévère
2 (4,7)
2 (6,5)
6 (21,4)
2 (66,7)
Anémie modérée
25 (58,1)
17 (54,8)
14 (50,0)
1 (33,3)
Anémie légère
16 (37,2)
12 (38,7)
8 (28,6)
0
L'analyse de ce tableau montre que la sévérité de l'anémie étaient associée à l’évolution de l'infection à VIH (X2 =14,9 et p= 0,02).
Répartition des patients selon la sévérité de l'anémieL'analyse de ce tableau montre que 11,4% présentaient une anémie sévère et 88,6% une anémie modérée et légèreLa sévérité de l'anémie selon le stade cliniqueL'analyse de ce tableau montre que la sévérité de l'anémie étaient associée à l’évolution de l'infection à VIH (X2 =14,9 et p= 0,02).
Typage de l'anémie chez les enfants infectés par le VIH
La Figure 1 montre que tous les enfants présentaient plus une anémie microcytaire dans les deux tranches d’âge (âge préscolaire : 22,8% (n= 24) et âge scolaire : 20,9% (n=22) et moins une anémie normocytaire. L'anémie macrocytaire était rare.
Figure 1
Répartition de l'anémie selon le volume globulaire moyen par tranche d’âge
Répartition de l'anémie selon le volume globulaire moyen par tranche d’âgeL'analyse de la morphologie des globules rouges a montré que tous les enfants quelle que soit la tranche d’âge, présentaient plus une anémie microcytaire. Elle était plus normochrome (28,5%) qu'hypochrome (15,2%) dans les deux tranches d’âge. L'anémie normocytaire était plus normochrome (19,1%) qu'hypochrome (3,9%) dans les deux tranches d’âge. Les enfants en âge préscolaire présentaient plus une anémie macrocytaire quelle soit hypochrome (4,8%), normochrome (2,9%) que les enfants en âge scolaire (1%) (Tableau 3).
Table 3
Répartition des enfants par tranche d’âge selon le type d'anémie
Type d'anémie
Enfants âgés de 〈72 mois n (%)
Enfants âgés de 〉72 mois n (%)
Anémie microcytaire hypochrome
10 (9,5)
6 (5,7)
Anémie microcytaire normochrome
14 (13,3)
16 (15,2)
Anémie normocytaire hypochrome
3 (2,9)
1 (1,0)
Anémie normocytaire normochrome
13 (12,4)
7 (6,7)
Anémie macrocytaire hypochrome
5 (4,8)
0
Anémie macrocytaire normochrome
3 (2,9)
1 (1,0)
L'analyse de la morphologie des globules rouges a montré que tous les enfants quelle que soit la tranche d’âge, présentaient plus une anémie microcytaire normochrome.
Répartition des enfants par tranche d’âge selon le type d'anémieL'analyse de la morphologie des globules rouges a montré que tous les enfants quelle que soit la tranche d’âge, présentaient plus une anémie microcytaire normochrome.
Discussion
Dans notre étude, 69,1% d'enfants VIH+ suivis ont été anémiques. Plusieurs études dont celle Farhan M et al. [10] et Anita Shet et al. [11] ont signalé tous en 2009 une fréquence similaire à la nôtre soit 62% et 66% en Inde alors que des chiffres encore plus élevés ont été signalé soit 70-100% une prévalence mondiale [2], 90% en Ouganda [12], 77,9% au Nigeria [13] et 73% en Afrique du Sud [14]. Nos résultats corroborent ces observations.Nos résultats rejoignent les observations faites par Ngwej et al. (2007) qui avaient signalé une prévalence de 75% à Lubumbashi [5]. Cinq ans après, elle demeure la complication hématologique la plus fréquente chez les enfants infectés par le VIH dans notre milieu.Dans notre étude, nous avons trouvé 11,4% des cas d'anémie sévère et 54,3% des cas d'anémie modérée alors que Anita Shet et al. ont signalé en 2009 une fréquence légèrement faible soit 8% des cas d'anémie sévère en Inde [11]. Cette sévérité de l′anémie était positivement associée au stade avancé de la maladie (p < 002). De même, Anita Shet et al. rapportèrent une constatation similaire chez les enfants infectés par le VIH [11]. Dans le contexte de l'infection à VIH, l'inflammation chronique, la carence en micronutriments et les infections opportunistes aggravent l'anémie chez ces enfants.L'anémie microcytaire a été objectivée chez les enfants infectés par le VIH quelle que soit la tranche d’âge avec une légère prédominance à l’âge préscolaire soit 22,8% contre 20,9% à l’âge scolaire, probablement due à la vulnérabilité de ces enfants à développer l'anémie en raison d'une grande fréquence d′infections gastro-intestinales dans cette tranche d’âge. Cette anémie microcytaire était plus normochrome (35,7%) qu'hypochrome (11,2%) alors que Farhan M. (2009) a signalé une anémie plus normocytaire normochrome (33,8%) suivie par une anémie microcytaire hypochrome (24,3%) en Inde [10]. Les anémies microcytaires sont les formes les plus fréquentes dans notre milieu. Par contre, les anémies macrocytaires étaient rares.La présence des IO chez les enfants peut encore aggraver l′anémie. Swaminathan S et al. (2008) ont constaté en Inde que les enfants séropositifs au VIH atteints de tuberculose pulmonaire étaient trois fois plus susceptibles de développer l′anémie et que la co-infection TBC-VIH est un puissant facteur de risque pour l′anémie, notamment l′anémie sévère [15]. La faible proportion des cas de tuberculose dans notre étude ne nous a pas permis d’évaluer cette co-infection.L’étiologie spécifique dont la recherche des parasitoses intestinales et du paludisme n'a pas été abordée dans cette étude comparativement à d'autres études [16]. Cette étude rapporte des données épidémiologiques importantes sur l'anémie chez les enfants infectés par le VIH en République Démocratique du Congo et met en évidence, la nécessité d'une approche prospective afin de comprendre l'ampleur et l’étiologie du problème de manière à planifier des interventions appropriées.
Conclusion
L'anémie doit être considérée à Lubumbashi comme une préoccupation majeure, pour les enfants séropositifs du VIH/SIDA. Le stade avancé de l'infection à VIH y est associé dans une grande proportion. La surveillance des paramètres hématologiques chez les enfants infectés par le VIH/SIDA s'avère indispensable afin de détecter au plus tôt les anomalies dans le but de trouver l’étiologie et le traitement approprié.
Authors: A Mocroft; O Kirk; S E Barton; M Dietrich; R Proenca; R Colebunders; C Pradier; A dArminio Monforte; B Ledergerber; J D Lundgren Journal: AIDS Date: 1999-05-28 Impact factor: 4.177
Authors: Soumya Swaminathan; C Padmapriyadarsini; B Sukumar; Sheikh Iliayas; S Ramesh Kumar; C Triveni; P Gomathy; Beena Thomas; Minnie Mathew; P R Narayanan Journal: Clin Infect Dis Date: 2008-03-15 Impact factor: 9.079
Authors: Job C J Calis; Michaël Boele van Hensbroek; Rob J de Haan; Peter Moons; Bernard J Brabin; Imelda Bates Journal: AIDS Date: 2008-06-19 Impact factor: 4.177
Authors: Richard O Otieno; Collins Ouma; John M Ong'echa; Christopher C Keller; Tom Were; Eliud N Waindi; Marian G Michaels; Richard D Day; John M Vulule; Douglas J Perkins Journal: AIDS Date: 2006-01-09 Impact factor: 4.177